Burn-out : mes collègues ne me « croient » pas

burn out mes collègues ne me croient pas

⏱ Temps de lecture : 5 min

Mis à jour le 13 août 2026

Depuis plusieurs semaines, nous recevons des messages privés de collaborateurs qui nous interpellent : arrêtés pour burn-out ou dépression, ils reçoivent des échos de leurs collègues remettant en doute leur état, suggérant qu’ils feraient « exprès » d’être malades… Comme cette lectrice qui après ce diagnostic reçoit un texto de la part d’une de ses collègues : « Ah oui ? Tu es en burn-out ? Bonnes vacances à toi ! » Nous aimerions dans cet article souligner les conséquences aussi bien sur le salarié que sur le climat social et le collectif de ce type de suspicions.

ℹ️L’essentiel : Douter du burn-out d’un collègue produit trois effets mesurables. La détresse de la personne arrêtée s’aggrave, l’équipe apprend à se taire, et le retour au travail devient plus difficile à préparer. Le burn-out se diagnostique par un médecin, jamais par un collègue.

Ce doute pèse sur la santé de la personne arrêtée, sur la confiance de l’équipe et sur les chances d’un retour réussi. Notre guide complet du burn-out au travail détaille les mécanismes de l’épuisement professionnel. Cet article en traite un angle mort : ce que produit la suspicion des collègues.

44%
44 % des salariés n’osent parler de leur santé mentale au travail qu’à certaines personnes, contre 28 % seulement qui l’assument ouvertement.
Enquête L’Optimisme.pro auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants

Pourquoi des collègues doutent-ils d’un burn-out ?

Trois croyances nourrissent ce doute : le burn-out serait une faiblesse de caractère, une mode récente, ou une façon déguisée de prendre des vacances. Les trois sont fausses, et le rapport de l’Académie nationale de médecine les démonte une par une depuis 2016.

L’idée reçueCe que disent les sources
« C’est de la faiblesse. »Le burn-out frappe d’abord les plus investis, ceux qui tiennent jusqu’à ce que le corps dise stop. Académie nationale de médecine, 2016.
« C’est une mode. »Le psychiatre français Claude Veil décrit l’épuisement professionnel dès 1959. Le mot circule beaucoup, le phénomène est ancien. Académie nationale de médecine, 2016.
« Ce sont des vacances. »Au stade avancé, la personne ne récupère plus après une nuit, des vacances ou un arrêt prolongé. Le repos seul ne répare pas un burn-out. CHU de Batna, 2023.

Une donnée sort ce sujet du procès en responsabilité individuelle. La méta-analyse de référence attribue environ 40 % du phénomène à des facteurs personnels et 60 % à des facteurs organisationnels, la qualité du management pesant lourd dans cette seconde part (citée par l’Académie nationale de médecine, 2016). Le collectif porte donc la plus grosse moitié du problème.

Nous avons rassemblé les dix pires commentaires reçus par des collaborateurs arrêtés. La plupart partent d’une maladresse, rarement d’une méchanceté. Cela ne les rend pas moins destructeurs.

Le burn-out est-il une vraie maladie ?

Le burn-out n’apparaît dans aucun tableau des maladies professionnelles et ne figure pas comme maladie dans les classifications médicales de référence. L’Organisation mondiale de la santé le range depuis 2019 dans la CIM-11 parmi les phénomènes liés au travail. Cette subtilité de vocabulaire alimente le doute des collègues. Elle ne retire rien à la réalité de l’épuisement.

📖 Définition
Syndrome d’épuisement professionnel
Syndrome caractérisé par un état de fatigue extrême, tant physique que mentale, attribué à la profession exercée et aux conditions de son exercice.
La Haute Autorité de Santé précise que ce syndrome ne constitue pas une maladie caractérisée, mais un facteur qui influe sur l’état de santé et sur le recours aux soins.
Commission générale de terminologie et de néologie, Journal officiel du 24 octobre 2012, citée par la HAS, 2017

La reconnaissance existe pourtant, au cas par cas. Trois affections psychiques peuvent être reconnues d’origine professionnelle hors tableau, par un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles : l’épisode dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé et l’état de stress post-traumatique. La voie a été ouverte par la loi Rebsamen du 17 août 2015, sous condition d’un taux d’incapacité permanente prévisible d’au moins 25 %.

Les chiffres officiels montrent un mouvement net. En 2022, les comités régionaux ont rendu 1 814 avis favorables reconnaissant des affections psychiques à caractère professionnel, soit 16 % de plus qu’en 2021. Plus de 10 000 affections psychiques avaient par ailleurs été reconnues en accident du travail en 2021 (INRS, mise à jour de septembre 2024).

1. Pourquoi le doute amplifie-t-il la détresse du salarié ?

Parce qu’il invalide une souffrance déjà installée et ajoute de la honte à l’épuisement. Il est évidemment hors de propos de juger quand un salarié s’arrête pour une souffrance psychique, qu’elle soit ou non liée au travail d’ailleurs. Rappelons que celui qui suspecte son collègue n’est pas médecin. Seul un professionnel de santé est apte à juger, et surement pas un collègue.

En invalidant sa souffrance, ce sentiment de suspicion accentue la détresse du salarié. Il ne lui permet pas non plus de se rétablir sereinement : cela accentue en effet son sentiment de honte et d’échec.

« Quand je reçois ce type de messages, j’imagine tout ce que mes collègues peuvent penser de moi et je m’enfonce davantage. Je culpabilise et je finis par me dire qu’ils ont raison, que je dois être responsable de mon état, que j’en fait peut-être trop. Mais c’est le médecin qui m’a arrêté. »
Une lectrice arrêtée pour burn-out, témoignage reçu par notre communauté

Personne ne se met en arrêt maladie de gaité de cœur : c’est forcément que quelque chose ne va pas. Tout arrêt maladie, qui plus est pour burn-out, devrait amener chaque entreprise à réfléchir sur les causes qui ont amené un salarié à « chuter ».

Burn out : la suspicion des collègues aggrave la détresse du salarié arrêté

2. En quoi le doute installe-t-il une culture du déni ?

Le doute exprimé sur une personne apprend à toutes les autres qu’il vaut mieux se taire. Ce faisant, ce type d’attitude alimente la cocotte-minute pour ceux qui vivraient les premiers signes et symptômes d’un épuisement professionnel.

Si aujourd’hui, vous vous réjouissez de n’être pas « l’un d’eux » et aimez vous montrer plus tenace (comme si le burn-out était une marque de non-résistance au stress alors que c’est tout l’inverse), pensez que demain, ce peut être vous.

A qui vous sentiriez vous capable d’en parler dans votre environnement professionnel si de tels propos ont été préalablement tenus pour un de vos pairs ? Probablement, pas grand monde !

« Lors du burn-out de ma collègue, j’ai entendu “c’est une fragile”, “elle fait une dépression”, “ça fout le bordel, elle n’a qu’à démissionner”. J’étais moi-même un petit mois après à 2 doigts du burn-out, mon médecin voulait m’arrêter. Je n’ai pas osé à cause de ces réflexions. »
Un lecteur, témoignage reçu par notre communauté

Rappelons que plus un burn-out est pris tôt, mieux c’est pour le salarié et pour l’entreprise. Et que le craquage arrivera à coup sûr.

Nos données terrain vont dans le même sens. 37 % des salariés affirment que leur manager ne leur a jamais demandé si ça allait. Et quand nous posons la question en salle, 20 à 25 % des participants seulement se disent capables d’aller parler à un collègue qui ne va pas bien. Ce silence raconte le climat d’une organisation bien plus que le caractère de ses équipes.

🚨Attention : Un salarié qui entend douter d’un collègue arrêté en tire une conclusion immédiate pour lui-même. Il retardera son propre arrêt, et il craquera plus tard, plus fort, plus longtemps.

3. Pourquoi le doute rend-il le retour au travail plus difficile ?

Parce que le salarié anticipe le regard de l’équipe avant même d’y remettre les pieds. Bien sûr, ce type de commentaires ou de jugements empêche le salarié de se projeter sereinement dans un retour qui lui devient très peu envisageable.

« Je suis actuellement en arrêt. Mais quand je vois combien mes collègues ont critiqué un congés parental, je n’ose imaginer ce qu’ils disent de moi. »
« J’ai peur du retour, peur du regard de mes collègues, peur qu’ils m’en veuillent d’avoir été arrêtée. Dès que je pense au retour, j’ai mal au ventre. Pas dans ces conditions ! Pas s’ils me pensent responsable de mon burn-out et que rien ne change à mon retour. »
Témoignages reçus par notre communauté

Pour rappel le burn-out est un épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel (définition de la Haute Autorité de Santé). Si nous ne sommes pas médecins, mieux vaut se prémunir de l’idée de « croire » ou non son collègue, surtout lorsqu’un diagnostic a été établi : il ne s’agit pas d’une croyance mais d’un fait.

La HAS recommande de préparer la reprise avec une visite de pré-reprise auprès du médecin du travail, et d’adapter les conditions de travail avant le retour. Nous détaillons cette étape dans notre article sur le retour au travail après un burn-out.

Que faire quand un collègue en burn-out n’est pas cru ?

L’INRS recommande d’ouvrir le dialogue avec une écoute empathique, sans chercher à diagnostiquer, et d’orienter vers le service de prévention et de santé au travail. Trois gestes simples suffisent à couper court à la rumeur, et ils ne demandent aucune compétence médicale.

  • Couper la conversation quand elle dérape. Une phrase suffit : le diagnostic appartient au médecin, pas au bureau.
  • Donner des nouvelles sincères, après avoir demandé à la personne si elle souhaite être contactée. L’absence totale de nouvelles compte parmi les souffrances les plus citées.
  • Interroger l’organisation, pas la personne. Charge, délais, arbitrages, soutien du manager : le décalage se joue là.
  • Comparer les parcours. « Les autres y arrivent » invalide la souffrance et n’apprend rien à personne.
  • Parler reprise ou dossiers en cours dans un premier message. La personne entend une pression, jamais un soutien.
  • Relayer le doute par silence. Ne rien dire quand une équipe soupçonne revient à valider le soupçon.

Pour trouver les mots, nous avons publié les dix phrases de soutien qui ont le plus aidé des personnes en burn-out, toutes issues des témoignages de notre communauté.

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Questions fréquentes

Un collègue peut-il remettre en cause un arrêt pour burn-out ?
Non. L’arrêt de travail relève d’une décision médicale prise par un médecin, seul habilité à évaluer l’état de santé d’une personne. Un collègue qui conteste un arrêt exprime une opinion sans valeur clinique, et cette opinion aggrave la détresse de la personne concernée.
Le burn-out est-il reconnu comme une maladie professionnelle ?
Le burn-out ne figure dans aucun tableau des maladies professionnelles. Trois affections psychiques peuvent être reconnues hors tableau, au cas par cas, par un comité régional : épisode dépressif majeur, trouble anxieux généralisé et état de stress post-traumatique. Le taux d’incapacité permanente prévisible doit atteindre 25 %.
Comment réagir quand mes collègues ne croient pas à mon burn-out ?
Gardez la relation avec les personnes qui vous soutiennent et laissez de côté les autres pendant l’arrêt. Le médecin du travail peut être sollicité à tout moment, y compris pendant l’arrêt, pour préparer la reprise et documenter les conditions de travail. Vous n’avez aucune justification médicale à fournir à un collègue.
Que faire si je pense qu’un collègue va mal ?
Ouvrez le dialogue sans chercher à diagnostiquer, en nommant les changements observés (fatigue, irritabilité, difficultés de concentration), et orientez vers le service de prévention et de santé au travail. Notre article « Mon collègue semble ne pas aller bien, que faire ? » détaille la démarche pas à pas.
Combien de temps dure un arrêt pour burn-out ?
Il n’existe pas de durée fixe. Selon la sévérité de l’épuisement et la précocité de la prise en charge, l’arrêt va de quelques semaines à plusieurs mois. La HAS rappelle que la reprise se prépare, notamment par une visite de pré-reprise auprès du médecin du travail, et qu’un retour dans des conditions de travail inchangées expose à la rechute.

💬Témoignez : Vous avez été arrêté pour burn-out et vos collègues ne vous ont pas cru ? Écrivez-nous à contact@loptimisme.pro. Vos témoignages nourrissent nos articles et nos sensibilisations en entreprise.
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Sources
  1. Haute Autorité de Santé, Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout, mars 2017. has-sante.fr
  2. INRS, FAQ Épuisement professionnel ou burnout, mise à jour de septembre 2024. inrs.fr
  3. Académie nationale de médecine, Le burn-out, rapport de Jean-Pierre Olié et Patrick Légeron, 16 février 2016.
  4. Organisation mondiale de la santé, Classification internationale des maladies, 11e révision (CIM-11), 2019.
  5. L’Optimisme.pro, enquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants, et remontées terrain des formations L’Optimisme, 2026.
  6. Pr W. Benhassine, Le burn-out : diagnostic et prise en charge, Consultation de santé mentale au travail, CHU de Batna, 2023.