
Au prochain point d’équipe, comptez les « je ne sais pas » et les « je me suis trompé ». Si vous n’en entendez aucun, ne concluez pas que tout va bien.
Si ce titre vous a fait ouvrir l’article, c’est sans doute que vous avez déjà vécu une réunion où chacun pensait quelque chose, et où personne ne l’a dit. Ce silence a un nom : la sécurité psychologique, ou plutôt son absence.
Nous passons en revue la recherche d’Amy Edmondson, l’étude de Google sur 180 équipes et des chiffres de 2026, puis ce que vous pouvez faire dès lundi, manager ou non. Une question nous guidera : qu’est-ce qui vous retient de dire, devant votre équipe, que vous vous êtes trompé ?
Sommaire
- Qu’est-ce que la sécurité psychologique ?
- Que montre la recherche d’Amy Edmondson ?
- Projet Aristote : que révèle l’étude de Google ?
- Sécurité psychologique en 2026 : que disent les chiffres ?
- Comment un manager installe-t-il la sécurité psychologique ?
- Salarié : comment oser parler quand l’équipe se tait ?
- Quelles sont les limites de la sécurité psychologique ?
- Lundi, en réunion, qu’allez-vous dire ?
- Questions fréquentes
Qu’est-ce que la sécurité psychologique ?
La sécurité psychologique (psychological safety en anglais) est la conviction partagée, au sein d’une équipe, qu’on peut y prendre un risque relationnel sans être humilié, rejeté ni puni : poser une question, avouer une erreur, exprimer un désaccord. Amy Edmondson, chercheuse à la Harvard Business School, a introduit la notion de sécurité psychologique d’équipe en 1999, dans l’Administrative Science Quarterly.
Edmondson la distingue de trois confusions : le laxisme, l’ambiance toujours positive et la cohésion. Un groupe très soudé peut justement taire ses désaccords.
Trois situations typiques (nos exemples, pas des mesures) montrent l’écart :
| Dans une équipe où l’on ose | Dans une équipe où l’on se tait |
|---|---|
| Une erreur s’annonce tôt, avec une piste pour la réparer. | Une erreur se cache jusqu’au jour où le client la découvre. |
| Une question naïve se pose en réunion, devant tout le monde. | La même question se pose en privé, ou ne se pose jamais. |
| Un doute sur un projet remonte avant le lancement. | Un doute remonte après l’échec, sous la forme d’un « je l’avais dit ». |
Le style du manager pèse sur ce climat, comme le détaille notre article sur les styles de leadership.

Que montre la recherche d’Amy Edmondson ?
Elle relie la sécurité psychologique à des comportements d’apprentissage (demander de l’aide, chercher un retour, parler des erreurs, tester une idée), et ces comportements font le lien avec la performance de l’équipe. Son étude de 1999 porte sur 51 équipes d’une entreprise industrielle : 427 membres ont répondu, et 135 managers extérieurs aux équipes ont jugé leur apprentissage et leur performance.

Dans l’introduction du même article, Edmondson rappelle une étude antérieure sur des équipes soignantes (1996). Dans certaines, les soignants déclaraient ouvertement leurs erreurs de médicament et cherchaient comment les éviter ; dans d’autres, du même hôpital, ils gardaient l’information pour eux. Deux équipes d’une même organisation peuvent donc vivre des climats opposés.
En 2023, Edmondson et son coauteur Derrick Bransby ont passé en revue 185 articles publiés entre 2013 et 2021 : le sujet est mûr, et les résultats se ressemblent d’un secteur et d’un pays à l’autre. Ils recommandent de traiter la sécurité psychologique comme un moyen d’apprendre et de performer ; en faire une fin en soi risquerait de détourner l’équipe de sa mission.
Projet Aristote : que révèle l’étude de Google ?
Les chercheurs de Google ont classé la sécurité psychologique en tête des cinq dynamiques qui font une équipe efficace. Leur projet Aristote a étudié 180 équipes (115 en ingénierie, 65 dans la vente), de 3 à 50 personnes. Selon la page re:Work qui détaille l’étude, ce qui comptait tenait moins aux personnes présentes qu’à leur façon de travailler ensemble. Les cinq dynamiques, par ordre d’importance :
- Sécurité psychologique. Chacun ose avouer une erreur, poser une question ou proposer une idée devant ses collègues.
- Fiabilité. Les membres rendent un travail de qualité dans les délais.
- Structure et clarté. Chacun sait ce qu’on attend de lui et comment s’y prendre.
- Sens. Le travail a une raison d’être personnelle, qui varie d’une personne à l’autre.
- Impact. Chacun voit que son travail fait une différence.
Prenez ces résultats pour ce qu’ils sont : une étude de Google, sur des équipes de Google, dont la rédaction rappelle elle-même que le monde du travail a évolué depuis.
Sécurité psychologique en 2026 : que disent les chiffres ?
Le sujet a pris de l’ampleur. D’après Google Trends (monde, relevé le 22 octobre 2026), l’indice d’intérêt pour psychological safety est passé d’une moyenne de 8 au premier semestre 2025 à 62 au premier semestre 2026, avec un pic à 100 la semaine du 10 au 16 mai 2026, avant de refluer à 11 mi-octobre. Cet indice mesure un intérêt relatif, pas un nombre de recherches.
Une enquête de MHFA England auprès de 2 000 actifs britanniques (février 2026) relève que 45 % des salariés se disent incapables de signaler une erreur ou un risque, et que 15 % disent avoir commis des erreurs évitables parce qu’ils n’osaient pas parler. L’étude vient d’un organisme qui propose des formations en santé mentale, et porte sur le Royaume-Uni.
Cette question concerne la santé mentale ; elle illustre pourtant le même mécanisme : on parle à ceux en qui on a confiance, personne par personne et équipe par équipe.
Comment un manager installe-t-il la sécurité psychologique ?
Un manager installe la sécurité psychologique en réagissant bien aux premières mauvaises nouvelles, car ce sont elles qui apprennent à l’équipe ce que parler coûte. Edmondson l’écrivait en 1999 : les événements où prendre un risque a été récompensé ou puni peuvent peser sur le climat autant, voire plus, que la conception initiale de l’équipe.
Prenons un cas fictif. Lors d’un point d’équipe, Samir annonce qu’il a envoyé un mauvais fichier à un client. Son manager peut :
- soupirer et passer au point suivant ;
- demander qui a validé le fichier ;
- répondre « on en reparle » et régler cela en privé ;
- remercier Samir d’avoir prévenu, puis demander ce qu’il faut réparer en premier ;
- proposer à toute l’équipe de revoir la façon de valider les envois.
Ces réactions ne se valent pas. Les deux premières apprennent à l’équipe que prévenir expose, et le prochain fichier erroné, le manager l’apprendra par le client. La troisième reporte le sujet et laisse planer le doute. Les deux dernières transforment l’erreur en information.
La revue de 2023 relève quatre gestes qui renforcent la sécurité psychologique ; un cinquième vient de notre terrain :
- Écouter jusqu’au bout. Les dirigeants perçus comme à l’écoute renforcent la sécurité.
- Expliquer ses décisions. La transparence joue dans le même sens : informer, dire les motifs, accepter les retours.
- Montrer qu’on ne sait pas tout. Edmondson et Bransby citent la curiosité sincère et la vulnérabilité comme premiers gestes à pratiquer.
- Partager les critiques reçues. Dans une étude qu’ils rapportent, discuter en équipe des critiques reçues a eu un effet durable ; solliciter des retours, non.
- Poser la question vraiment. Selon notre enquête de juillet 2026, 37 % des répondants disent que leur manager ne leur a jamais demandé si ça allait.
Cette frontière entre la question de politesse et la vraie question, un témoignage reçu de notre communauté la décrit ainsi :
Peu de managers demandent réellement et sincèrement aux collaborateurs s’ils vont bien, et peu écoutent et entendent réellement la réponseUn témoignage reçu de notre communauté, juillet 2026
Pour préparer la conversation, notre livre blanc santé mentale (tome 3) aide à approcher un collègue qui semble aller mal. Notre guide du management bienveillant range la sécurité psychologique parmi ses quatre leviers.
À lire aussiLe droit à l’erreur, un pas vers l’humain

Salarié : comment oser parler quand l’équipe se tait ?
Pour oser parler, avancez par petits pas : une question, un fait, une erreur annoncée avec une piste. Vous n’avez pas à bâtir seul la sécurité psychologique de votre équipe, et personne n’attend de vous un coup d’éclat. Cinq gestes pour commencer :
- Commencez par une question. « Pouvez-vous me redonner l’objectif de cette tâche ? » coûte moins cher qu’un désaccord et montre que poser une question est possible.
- Dites les faits. « Le client a reçu la version 2 hier » ouvre la discussion ; « tu as mal travaillé » la ferme.
- Annoncez vos erreurs avec une piste. « Je me suis trompé sur ce fichier ; je corrige d’abord les envois en cours. »
- Choisissez le cadre. Pour un sujet sensible, un tête-à-tête ou un message écrit vaut mieux qu’un débat devant dix personnes.
- Parlez d’abord à un collègue de confiance. Il vous aidera à reformuler votre remarque.
Avant une conversation difficile, notre roue des émotions au travail (PDF gratuit, A4 ou A3) aide à trouver le mot juste.
Le Code du travail vous protège sur un point précis : les salariés ont un droit à l’expression directe et collective sur le contenu, les conditions d’exercice et l’organisation de leur travail (article L2281-1), et les opinions émises dans ce cadre ne peuvent motiver ni sanction ni licenciement (article L2281-3).
Si chaque prise de parole vous attire des représailles, parlez-en aux représentants du personnel ou au médecin du travail.
À lire aussiL’autocensure au travail : ce n’est pas ce que vous pensez !
Quelles sont les limites de la sécurité psychologique ?
La sécurité psychologique ne dispense ni d’exigence ni de cadre : Edmondson l’écarte elle-même du laxisme. Une équipe où l’on peut tout dire peut encore rendre un mauvais travail, et Google place la fiabilité, la clarté, le sens et l’impact à ses côtés.
Elle ne remplace pas non plus les recours quand une situation dépasse le climat d’équipe. L’INRS range les relations avec les collègues et la hiérarchie parmi les six familles de risques psychosociaux, et l’article L4121-1 oblige l’employeur à protéger la santé physique et mentale des travailleurs.
L’étude de 1999 est transversale, donc elle ne prouve aucune causalité, et la recherche a surtout porté sur des équipes stables : Edmondson et Bransby jugent le travail à distance et hybride encore peu étudié.
Lundi, en réunion, qu’allez-vous dire ?
Au prochain point d’équipe, comptez les « je ne sais pas » et les « je me suis trompé », et remerciez ceux qui les prononcent.
Reste la question du début : qu’est-ce qui vous retient de dire, devant votre équipe, que vous vous êtes trompé ?
Commencez par la plus petite phrase possible.
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Questions fréquentes sur la sécurité psychologique
Qu’est-ce que la sécurité psychologique, en une phrase ?▼
La sécurité psychologique veut-elle dire qu’on ne peut plus critiquer ?▼
Que dit Amy Edmondson de la sécurité psychologique ?▼
Qu’a découvert Google avec le projet Aristote ?▼
Comment mesurer la sécurité psychologique de son équipe ?▼
Par où commencer quand on est manager ?▼
Que faire quand on n’ose pas parler à son manager ?▼
Un salarié peut-il être sanctionné pour avoir dit ce qu’il pensait ?▼
Nous analysons les évolutions du monde du travail depuis 2017. Vous avez identifié une étude solide, un signal faible ou une situation terrain que vous souhaitez partager ? Écrivez-nous.
anne@loptimisme.com- Edmondson A. C.Psychological Safety and Learning Behavior in Work Teams, Administrative Science Quarterly, 44(2), 350-383, 1999.
- Edmondson A. C. et Bransby D. P.Psychological Safety Comes of Age: Observed Themes in an Established Literature, Annual Review of Organizational Psychology and Organizational Behavior, 10, 55-78, 2023 (DOI 10.1146/annurev-orgpsych-120920-055217).
- Coutifaris C. G. V. et Grant A. M.Taking Your Team Behind the Curtain: The Effects of Leader Feedback-Sharing and Feedback-Seeking on Team Psychological Safety, Organization Science, 33(4), 1574-1598, 2022, étude rapportée par la revue de 2023 ci-dessus.
- Google re:WorkUnderstand team effectiveness, guide publié à l’origine en 2015, page consultée le 22 octobre 2026.
- MHFA EnglandThe cost of workplace silence: nearly half of employees feel unsafe speaking up at work, new research reveals, 2 février 2026.
- Google TrendsRequête « psychological safety », monde, 5 dernières années, toutes catégories, recherche web, relevé du 22 octobre 2026 (indice relatif de 0 à 100).
- INRSRisques psychosociaux : facteurs de risque, six catégories de facteurs, page mise à jour le 9 novembre 2021.
- Code du travailArticles L2281-1 et L2281-3 (droit d’expression des salariés), L4121-1 (obligation de l’employeur).
- 3114Le numéro national de prévention du suicide, piloté par le ministère chargé de la santé.
- L’Optimisme.proEnquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants.



