
Mardi, 14 h 20 : en réunion, un collègue reprend votre dossier devant toute l’équipe et le corrige d’un ton sec. Vous souriez, vous dites « pas de souci », puis vous ruminez la phrase jusqu’au soir.
Si ce titre vous a fait ouvrir l’article, c’est sans doute que cette scène vous rappelle quelque chose. Elle relève de la gestion des conflits au travail dans sa version ordinaire : un désaccord qui s’installe entre deux personnes obligées de continuer à travailler ensemble.
Nous regardons les chiffres, les cinq façons de réagir, cinq gestes qui désamorcent, le rôle du manager et la frontière avec le harcèlement. Une seule question guide ce texte : comment dire ce qui ne va pas sans mettre le feu, et sans l’avaler ?
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un conflit au travail, et tout désaccord en est-il un ?
- Pourquoi les salariés laissent-ils couler un conflit, et que cela coûte-t-il ?
- Éviter, céder, imposer, transiger ou coopérer : quelle posture adopter ?
- Comment désamorcer un conflit au travail en cinq gestes ?
- Gestion des conflits : que peut faire un manager ?
- Quand un conflit ordinaire devient-il du harcèlement ?
- Et mardi prochain, à 14 h 20 ?
- Questions fréquentes sur la gestion des conflits au travail
Qu’est-ce qu’un conflit au travail, et tout désaccord en est-il un ?
Un conflit au travail est une opposition entre deux personnes, ou deux groupes, dont les besoins ou les façons de faire semblent incompatibles, alors qu’ils doivent continuer à collaborer. Un désaccord isolé, dit à voix haute le jour même, n’en est pas encore un.
Un conflit s’installe en général par étapes (repères de notre rédaction), et chacune appelle une réponse différente :
- le désaccord : vous jugez la méthode ou la priorité autrement que l’autre, et vous le lui dites ;
- la tension : vous évitez la discussion et vous repensez à l’échange le soir ;
- le conflit installé : vous ne vous parlez plus que par écrit ou par un tiers, et les reproches s’accumulent.
Au premier stade, une phrase suffit. Au troisième, il faut souvent un tiers. Le premier désaccord qu’un salarié avale est d’ailleurs souvent un non qui n’est pas sorti : notre pilier sur dire non au travail décrit les peurs et les croyances qui le retiennent.
Cette enquête du CIPD, l’association britannique des professionnels des ressources humaines, porte sur le Royaume-Uni : elle donne un ordre de grandeur, pas un taux français.
Pourquoi les salariés laissent-ils couler un conflit, et que cela coûte-t-il ?
Parce que se taire paraît plus sûr sur le moment : pas de scène, pas de réponse sèche, pas de rupture. Parmi les salariés britanniques qui ont vécu un conflit, 51 % l’ont simplement laissé couler, et 22 % seulement en ont discuté, même de façon informelle, avec l’autre personne (CIPD, 2026).
| Ce que les salariés en conflit ont fait (plusieurs réponses possibles) | Part des salariés concernés |
|---|---|
| Ils ont laissé couler | 51 % |
| Ils en ont parlé à leur manager ou aux ressources humaines | 31 % |
| Ils en ont parlé à un proche, en dehors du travail | 26 % |
| Ils ont eu une discussion informelle avec l’autre personne | 22 % |
| Ils ont décidé de chercher un autre emploi | 8 % |
Le conflit, lui, reste ouvert pour beaucoup : au moment de l’enquête, 33 % de ces salariés le jugeaient non résolu.
En 2024, ceux qui avaient vécu un conflit se disaient plus souvent épuisés (42 % contre 18 %) et deux fois plus nombreux à se dire susceptibles de quitter leur employeur dans l’année (33 % contre 16 %), un lien observé, sans preuve de cause.
En France, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) range les rapports sociaux dégradés, entre collègues comme avec la hiérarchie, parmi les facteurs de risques psychosociaux.
La peur du conflit se cache parfois derrière un oui automatique : dans notre enquête de juillet 2026, 31 % des répondants de notre communauté disent ne presque jamais réussir à dire non quand ils sont surchargés.
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Éviter, céder, imposer, transiger ou coopérer : quelle posture adopter ?
En gestion des conflits, cinq postures existent, et aucune ne convient à toutes les situations. Le modèle de Thomas et Kilmann, élaboré dans les années 1970, les classe selon deux curseurs : combien vous défendez vos besoins, combien vous tenez compte de ceux de l’autre.

- Imposer : vous défendez vos besoins sans tenir compte de ceux de l’autre. Vous allez vite quand l’urgence ou un principe non négociable l’exige, et vous le payez en relation.
- Coopérer : vous cherchez ensemble une solution qui sert les deux. Vous y passez du temps, et vous creusez le fond du désaccord.
- Transiger : chacun cède une partie. Vous réglez vite un enjeu moyen, au prix d’une solution partielle.
- Éviter : vous remettez à plus tard ou vous contournez. Vous laissez retomber la colère, et vous ne réglez rien si le sujet revient.
- Céder : vous laissez l’autre l’emporter. Cela se justifie sur un détail, et finit par vous user quand cela devient un réflexe.
Le modèle le précise : aucune posture n’est bonne ou mauvaise en soi, et la plupart des gens en préfèrent certaines.
Tout encaisser revient à enchaîner éviter et céder ; désamorcer demande de monter d’un cran vers coopérer ou transiger. Avant de céder par réflexe, la liste des 10 questions à vous poser avant d’accepter une demande aide à trancher.
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Comment désamorcer un conflit au travail en cinq gestes ?
Cinq gestes suffisent pour la plupart des désaccords ordinaires : reporter la discussion, parler à deux, décrire un fait et son effet, écouter la version de l’autre, convenir d’une suite datée. Ils transforment une confrontation en conversation.
- Reportez votre réponse. Ne répondez pas sur le coup, ni par un oui de façade ni par une réplique sèche. Dites : « Je préfère en reparler à froid, demain à 10 h. » Pour nommer ce que vous ressentez, notre roue des émotions au travail aide à trouver le mot juste.
- Parlez à deux. Un désaccord réglé devant un public se change en bras de fer. Proposez dix minutes en tête à tête, dans un lieu neutre.
- Décrivez un fait, puis son effet sur vous. Citez ce que vous avez vu ou entendu, sans interpréter : « Hier, mon dossier a été repris devant le client sans que j’en sois informé, et je n’ai plus pu le défendre. » Terminez par une demande précise.
- Écoutez, puis reformulez. Demandez la version de l’autre, laissez-le finir, puis reformulez : « Si je comprends bien, vous pensiez que le client attendait une réponse immédiate. » Reformuler montre que vous avez entendu, sans donner raison.
- Fixez une suite datée. Concluez par qui fait quoi, d’ici quand, et à quelle date vous refaites le point.
Ces gestes reprennent la logique de la méthode DESC (décrire, exprimer, suggérer, mesurer la conséquence) ; notre article sur la méthode DEARMAN la prolonge en sept étapes.
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Gestion des conflits : que peut faire un manager ?
Un manager agit mieux en abordant le conflit tôt, en écoutant chacun avant de réunir les deux personnes et en cadrant la discussion sur les faits.
Prenons une équipe fictive. Marc et Nadia ne se parlent plus depuis une réunion où Marc a remis en cause le dossier de Nadia devant un client. Leur manager attend que cela passe. Trois semaines plus tard, tous deux passent par lui pour la moindre information, et l’équipe choisit son camp.
Face à Marc et Nadia, ce manager peut attendre, trancher seul, recevoir chacun puis les réunir, ou faire appel à un médiateur. Ces options ne se valent pas : attendre laisse le silence s’installer, trancher seul donne raison à l’un devant l’autre.
- Intervenez tôt, dès que l’équipe en parle ou que deux personnes s’évitent.
- Recevez chacun séparément : demandez les faits, leur effet et ce que la personne attend.
- Réunissez-les à trois quand le dialogue est difficile : fixez un cadre, une durée et un objectif : reprendre le travail ensemble, sans chercher de coupable.
- Proposez une médiation, interne ou externe, si le conflit est installé. Encore faut-il que les deux personnes l’acceptent.
- Programmez un point de suivi à deux semaines.
L’INRS distingue les espaces de discussion sur le travail, qui préviennent, et la médiation, qui sert surtout à résoudre un conflit relationnel installé (Références en santé au travail n° 182, juin 2025).
Le manager agit aussi par obligation : l’employeur prend les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs (Code du travail, article L. 4121-1).
Quand un conflit ordinaire devient-il du harcèlement ?
Un conflit ordinaire relève du harcèlement moral quand des agissements répétés dégradent vos conditions de travail d’une façon susceptible de porter atteinte à vos droits, à votre dignité, à votre santé ou à votre avenir professionnel. C’est la définition de l’article L. 1152-1 du Code du travail.
Trois signaux justifient de sortir de la logique du simple désaccord :
- la répétition : les mêmes comportements reviennent malgré vos tentatives de discussion ;
- l’effet sur vous : votre sommeil, votre concentration, votre santé ou vos perspectives en souffrent ;
- l’impossibilité du dialogue : l’autre refuse tout échange, ou vous n’osez plus l’engager.
Dans ce cas, notez les faits avec leur date et parlez-en aux ressources humaines, aux représentants du personnel ou au médecin du travail, que vous pouvez solliciter sans risque de sanction (article R. 4624-34).
Nos pages sur le collègue toxique et le management toxique détaillent les signes, et notre test sur le collègue toxique aide à faire le point. Cet article informe et ne remplace pas un conseil juridique.
Et mardi prochain, à 14 h 20 ?
Reprenez la scène du début : la réunion, le dossier corrigé d’un ton sec, le « pas de souci » qui sort tout seul. Rien ne vous oblige à répondre sur le coup.
Dans l’heure qui suit, retenez trois éléments : un fait, un effet, une demande. Puis proposez dix minutes à deux, le lendemain. Vous répondez ainsi à la question de départ : dire ce qui ne va pas sans mettre le feu, et sans l’avaler.
Un désaccord dit à temps reste une conversation.
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Questions fréquentes sur la gestion des conflits au travail
Quelle est la meilleure méthode de gestion des conflits au travail ?▼
Comment gérer un conflit avec un collègue sans passer par le manager ?▼
Que faire quand le conflit oppose à son manager ?▼
Quand faut-il recourir à une médiation au travail ?▼
Un conflit finit-il toujours par se régler ?▼
Que faire si un conflit m’épuise ou m’empêche de dormir ?▼
Nous analysons les évolutions du monde du travail depuis 2017. Vous avez traversé un conflit au travail, ou vous accompagnez une équipe qui en traverse un ? Un témoignage, même anonyme, une étude solide ou une situation terrain nous aide à écrire la suite. Écrivez-nous.
anne@loptimisme.com- CIPDGood Work Index 2026, survey report, juillet 2026 (enquête CIPD et YouGov, 5 074 salariés du Royaume-Uni, décembre 2025 à février 2026), pages 4, 36 et 37, consulté le 22 octobre 2026.
- CIPDGood Work Index 2024, survey report, juin 2024 (enquête YouGov, 5 496 adultes en emploi au Royaume-Uni, 8 janvier au 15 février 2024), tableau 7, consulté le 22 octobre 2026.
- CPPThomas-Kilmann Conflict Mode Instrument, Profile and Interpretive Report, rapport type de 2008, pages 2, 3 et 5, consulté le 22 octobre 2026.
- Kilmann DiagnosticsUsing the Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument (modèle créé dans les années 1970), consulté le 22 octobre 2026.
- INRSRisques psychosociaux : facteurs de risque, page mise à jour le 9 novembre 2021, consulté le 22 octobre 2026.
- INRSEspaces de discussion sur le travail et médiation : deux démarches complémentaires pour prévenir les risques psychosociaux, Références en santé au travail n° 182, juin 2025 (résumé), consulté le 22 octobre 2026.
- Code du travailArticles L. 1152-1, L. 1152-6, L. 4121-1 et R. 4624-34, Code du travail numérique, consulté le 22 octobre 2026.
- L’Optimisme.proEnquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants.
- 3114Le numéro national de prévention du suicide, consulté le 22 octobre 2026.


