Refuser du travail supplémentaire et des heures en plus : ce que dit la loi, et la phrase exacte à dire à votre manager

Refuser des heures supplémentaires : une salariée lève la paume de la main en signe d’arrêt devant une horloge murale, dans un bureau
⏱ Temps de lecture : 5 min

Il est 17 h 40, un jeudi. Votre manager passe la tête dans l’embrasure : « Tu peux finir ce dossier ce soir ? » Dans ce cas fictif, mais familier, peut-on refuser des heures supplémentaires sans en payer le prix ?

Payées ou non, ces heures posent la même question. En droit, une heure supplémentaire se paie, majorée ; dans les faits, beaucoup de « tu peux rester ce soir ? » ne figurent sur aucune fiche de paie. Nous traitons les deux cas.

Refuser des heures supplémentaires est parfois possible, parfois risqué. La réponse dépend de trois éléments :

  • le moment où l’on vous prévient ;
  • le nombre d’heures déjà faites ;
  • la forme de votre contrat.

Nous avons vérifié les textes, puis cherché les mots qui permettent de dire non sans se griller. Managers, la partie qui vous concerne arrive plus bas.

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ℹ️Avant de commencer : Cet article informe sur le droit du travail français, textes vérifiés le 17 octobre 2026, et ne remplace pas un conseil juridique. Votre convention collective peut modifier certaines règles.
Illustration d'une horloge : refuser des heures supplémentaires

Peut-on refuser des heures supplémentaires ? La règle de départ

En principe, non. Une heure supplémentaire est une heure accomplie à la demande de l’employeur au-delà de 35 heures par semaine, et le salarié ne peut pas, en règle générale, refuser celles que l’employeur décide (service-public.gouv.fr, fiche vérifiée le 8 juin 2026).

Dépasser 35 heures n’a rien d’exceptionnel : selon l’Insee, les salariés à temps complet déclarent travailler 38,9 heures par semaine en moyenne en 2025 (enquête Emploi, parue le 2 juillet 2026).

RègleCe que la loi prévoit à défaut d’accord plus favorableRéférence
Durée légale35 heures par semaineL3121‑27
Majoration25 % de la 36e à la 43e heure, 50 % ensuiteL3121‑36
Contingent annuel220 heures par salariéD3121‑24
Au-delà du contingentRepos obligatoire : 50 % des heures (20 salariés au plus), 100 % au-delàD3121‑18 à D3121‑23
Plafonds10 heures par jour, 48 par semaine (44 en moyenne sur 12 semaines)L3121‑18, L3121‑20, L3121‑22
Repos quotidien11 heures consécutivesL3131‑1
Illustration d'un bouclier : vos limites légales face aux heures en plus

Dans quels cas pouvez-vous refuser des heures supplémentaires ?

Quatre situations appuient votre refus sur un texte ou sur une décision de justice. Hors de ces cas, un refus pur et simple peut être sanctionné ; négociez alors la forme.

1. Vous êtes prévenu trop tard

Un refus exceptionnel ne peut pas être sanctionné si l’employeur ne vous a pas prévenu suffisamment tôt (service-public.gouv.fr). La fiche ne donne aucun délai chiffré à temps plein.

2. Les heures dépassent les plafonds

Aucune heure supplémentaire ne peut vous imposer plus de 10 heures par jour ou 48 heures par semaine, ni rogner vos 11 heures de repos, hors dérogations légales.

3. Vous travaillez à temps partiel

Vos heures en plus sont des heures complémentaires, plafonnées au dixième de votre durée de travail. Prévenu moins de trois jours avant, ou au-delà de la limite : ni faute, ni motif de licenciement (L3123-10).

4. Le recours est systématique

Dans un arrêt du 8 septembre 2021 (n° 19-16.908), la Cour de cassation a validé l’analyse selon laquelle passer de 35 à 39 heures par des heures supplémentaires exige l’accord exprès du salarié.

Cet arrêt, qui n’est pas publié au bulletin, éclaire sans protéger à lui seul. Forfait en jours ou cadre dirigeant, vous ne faites pas d’heures supplémentaires.

Peut-on refuser des heures supplémentaires non payées ?

Refuser des heures supplémentaires non payées n’a rien d’automatique. La loi fait de toute heure supplémentaire une heure majorée ou récupérée (L3121-28) ; sinon, vous avez des recours, et tous passent par l’écrit. Les textes consultés ne font pas d’un retard de paiement un motif de refus : réclamez d’abord.

1
Notez vos horaires réels

Pointage, mails tardifs, agenda : tout élément qui prouve vos heures sert (L3171-4).

2
Faites écrire la demande

Un mail de deux lignes suffit : « Pour confirmer, vous me demandez de rester jusqu’à 20 h ; ces heures seront-elles payées ou récupérées ? »

3
Réclamez par lettre recommandée

Signalez le manquement par lettre recommandée avec accusé de réception et demandez le rappel de salaire. L’action se prescrit par trois ans (L3245-1).

4
Montez d’un cran

Rapprochez-vous de vos représentants du personnel, s’il y en a, puis saisissez l’inspection du travail ou le conseil de prud’hommes.

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Pourquoi est-il si difficile de refuser le travail en plus ?

Parce que la demande arrive rarement sous forme d’ordre. Elle se glisse dans les journées :

  • un dossier à relire ;
  • un message à 21 h ;
  • une urgence qui devient la norme.

Les anglophones parlent de job creep, la dérive des missions.

77 %
des salariés américains interrogés déclarent qu’on leur demande, au moins chaque semaine, du travail au-delà de leur fiche de poste.
LiveCareer, enquête auprès de 1 160 travailleurs américains, 3 décembre 2024

Le détail de cette enquête américaine montre comment la demande passe :

  • 56 % acceptent à contrecœur, sous pression ;
  • seuls 11 % posent des limites ;
  • et 3 % déclinent.
16 %
des salariés de notre communauté arrivent à dire non souvent quand ils sont surchargés.
Enquête L’Optimisme.pro auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants

Côté français, les réponses que nous recevons dessinent la même pente : 84 % de nos répondants peinent à dire non quand ils sont surchargés.

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Illustration de bulles de dialogue entre un salarié et son manager

Que dire à son manager pour refuser des heures supplémentaires ?

Une bonne phrase de refus tient en trois temps : reconnaître la demande, poser votre limite avec un fait précis, proposer une alternative. C’est la logique de la méthode DEARMAN.

Face à une demande tardive, quatre réponses s’offrent à vous : accepter sans condition, accepter en négociant, reporter ou refuser. Accepter par réflexe coûte le plus cher sur la durée ; refuser sèchement expose le plus. Entre les deux, des phrases protègent votre soirée et votre relation.

SituationCe que vous pouvez dire
Demande de dernière minute« Je ne suis pas disponible ce soir. Si le dossier est prioritaire, je m’en occupe demain dès 8 h 30. »
Heures demandées à l’oral« Pouvez-vous me confirmer par mail que ces heures sont demandées, et comment elles seront payées ou récupérées ? »
Plafond légal en vue« J’ai déjà fait 46 heures cette semaine. Je ne peux pas dépasser la limite légale de 48 heures. »
Temps partiel« Mon contrat prévoit 28 heures. Vous me prévenez moins de trois jours à l’avance, je ne peux pas faire ces heures. »
Heures qui reviennent chaque semaine« Depuis un mois, ces heures reviennent chaque semaine. Je souhaite en parler en rendez-vous, parce que cela dépasse mon contrat. »

Adaptez ces phrases à votre situation : les chiffres sont fictifs. Après l’échange, envoyez un mail de trois lignes qui le résume ; il garde la trace.

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Illustration d'une balance : équilibrer la charge de l'équipe et les demandes d'heures en plus

Que faire quand on est le manager qui reçoit le refus ?

Considérez d’abord un refus d’heures supplémentaires comme une information : votre collaborateur vous signale la charge réelle de l’équipe.

Vous avez cinq options :

  • reporter la tâche ;
  • la redistribuer ;
  • payer les heures majorées ;
  • renforcer l’équipe ;
  • renoncer à l’échéance.

Demander toujours aux mêmes reste l’option la plus coûteuse : un recours systématique aux heures supplémentaires peut modifier le contrat (Cour de cassation, 2021).

Ce que fait le managerPourquoi et comment
Demandez le motifLa plupart des refus répondent à une contrainte réelle.
Vérifiez le cadreContingent restant, plafonds, délai de prévenance.
Écrivez la demandeAvec sa contrepartie : paiement majoré ou repos.
Cherchez l’alternativeAvec la personne : échéance décalée, renfort.
« Mieux vaut un salarié efficace sur son temps professionnel, qui prend le soir du temps pour lui, sa famille, son équilibre personnel. Il sera mieux dans ses bottes et restera plus longtemps dans son entreprise ! »
Catherine Testa, fondatrice de L’Optimisme.pro

Quand plusieurs personnes disent non à la fois, regardez la charge de l’équipe avant les personnes : notre guide sur la charge mentale au travail donne les signes et le cadre légal.

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Que faire dès demain matin ?

Revenons à notre jeudi, 17 h 40. Trois gestes suffisent :

  • vérifier votre cadre (contrat, convention, heures déjà faites) ;
  • choisir la phrase qui vous correspond ;
  • écrire deux lignes pour garder la trace.

Jusqu’où pouvez-vous dire non ? Cela dépend de ces éléments, encore faut-il les avoir regardés la veille. Dire non à 17 h 40 se prépare à 9 h.

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Questions fréquentes sur le fait de refuser des heures supplémentaires

Peut-on refuser des heures supplémentaires sans risquer le licenciement ?▼
Seulement dans des cas précis : demande tardive, plafonds légaux dépassés, heures complémentaires hors limites à temps partiel, recours systématique. Ailleurs, un refus peut être sanctionné. Négociez d’abord, par écrit, et sollicitez vos représentants du personnel ou l’inspection du travail.
Combien d’heures supplémentaires un employeur peut-il demander par an ?▼
À défaut de convention ou d’accord, le contingent annuel est de 220 heures par salarié. Au-delà, la contrepartie en repos devient obligatoire : 50 % des heures dans une entreprise de 20 salariés au plus, 100 % au-delà.
Mon manager peut-il demander des heures supplémentaires au dernier moment ?▼
Il peut les demander, mais vous ne pouvez pas être sanctionné si vous refusez exceptionnellement faute d’avoir été prévenu suffisamment tôt. À temps partiel, la règle est chiffrée : refus possible si l’on vous prévient moins de trois jours avant.
Que faire si mes heures supplémentaires ne sont pas payées ?▼
Rassemblez vos preuves, faites confirmer par écrit que ces heures ont été demandées, puis réclamez le rappel de salaire par lettre recommandée. Vous avez trois ans pour agir. Ensuite, rapprochez-vous de vos représentants du personnel, de l’inspection du travail ou du conseil de prud’hommes.
Les cadres peuvent-ils refuser des heures supplémentaires ?▼
Les cadres dirigeants et les salariés au forfait annuel en jours ne font pas d’heures supplémentaires : ce régime ne s’applique donc pas à eux. Pour les autres salariés, la règle générale vaut.
Quelle différence entre heures supplémentaires et heures complémentaires ?▼
Les heures supplémentaires concernent le temps plein, au-delà de 35 heures par semaine. Les heures complémentaires concernent le temps partiel : plafonnées au dixième du contrat, elles se refusent si le délai de prévenance est inférieur à trois jours ou si la limite saute.
Comment refuser des heures supplémentaires sans froisser son manager ?▼
Reconnaissez la demande, donnez un fait précis, proposez une alternative, puis confirmez par écrit. Exemple : « Je ne suis pas disponible ce soir ; si le dossier est prioritaire, je m’en occupe demain dès 8 h 30. »
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Sources
  1. Service-Public (DILA)Heures supplémentaires d’un salarié du secteur privé, fiche F2391, vérifiée le 8 juin 2026, consultée le 17 octobre 2026.
  2. Code du travailArticles L3121-18, L3121-20, L3121-22 (durées maximales), L3121-27 et L3121-28 (heures supplémentaires), L3121-36 (majorations), D3121-18 à D3121-24 (contrepartie en repos et contingent), L3123-10 (heures complémentaires), L3131-1 (repos quotidien), L3171-4 (preuve) et L3245-1 (prescription), consultés sur le Code du travail numérique le 17 octobre 2026.
  3. Cour de cassation, chambre socialeArrêt du 8 septembre 2021, pourvoi n° 19-16.908 (inédit), consulté le 17 octobre 2026.
  4. InseeDurée du travail, enquête Emploi, page parue le 2 juillet 2026, consultée le 17 octobre 2026.
  5. LiveCareerThe Hidden Cost of Extra Work, enquête auprès de 1 160 travailleurs américains menée le 3 décembre 2024, publiée en janvier 2025.
  6. L’Optimisme.proEnquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants.