
« Une vidéo vaut parfois mieux que 1000 mots. » C’est le pari de Nuggets, le court métrage d’animation d’Andreas Hykade sorti en 2014, devenu depuis un classique utilisé en entreprise pour parler d’addiction sans discours moralisateur. En cinq minutes, sans un mot de dialogue, il montre le cercle infernal de la dépendance mieux que bien des présentations RH.
Ce qui suit vous donne les clés pour comprendre ce que raconte vraiment la métaphore des nuggets, les chiffres 2024-2026 de l’addiction au travail en France, le cadre légal qui s’impose à l’employeur, et des pistes concrètes pour aborder le sujet avec un collègue concerné.
Nuggets, le court métrage qui résume le mécanisme de l’addiction
Réalisé par l’animateur allemand Andreas Hykade et diffusé en 2014, Nuggets montre un personnage qui traverse un désert pour atteindre une montagne de nuggets dorés. Il en mange un, ressent un plaisir immense, puis retombe, épuisé, avant de recommencer la traversée. La boucle se répète, identique, jusqu’à l’absurde.
Sans effet spécial ni discours, le film capture ce que ressent quelqu’un pris dans une addiction : le plaisir devient un besoin, et le besoin devient une prison. C’est précisément ce mécanisme que la science explique aujourd’hui avec précision.
Ce que la métaphore des nuggets dit des mécanismes de l’addiction
Le film colle presque trait pour trait à ce que la neurobiologie observe. Chaque nugget avalé déclenche une décharge de dopamine dans le circuit cérébral de la récompense, en particulier dans une zone appelée le noyau accumbens. Cette répétition conditionne peu à peu le cerveau à répondre aux stimuli associés au produit ou au comportement, qu’il s’agisse d’une substance, d’un écran ou d’un jeu.
Avec le temps, ce circuit devient moins sensible aux plaisirs naturels. C’est le phénomène de tolérance : il en faut toujours plus pour ressentir le même effet. Les capacités de contrôle s’affaiblissent pendant que les automatismes se renforcent, ce qui rend l’arrêt particulièrement difficile, même quand la personne a parfaitement conscience des dégâts.
C’est aussi ce qui explique pourquoi la culpabilisation ne fonctionne quasiment jamais : le circuit en jeu n’est pas une question de volonté, mais un mécanisme neurobiologique installé par la répétition.
Les chiffres de l’addiction en France
Les données évoluent vite. Les chiffres qui suivent sont les plus récents disponibles, à jour de 2024-2025, bien plus fiables que les statistiques encore trop souvent citées datant de 2014 ou 2019.
Ces trois substances (alcool, tabac, cannabis) restent les plus consommées, tous secteurs d’activité et toutes catégories professionnelles confondus. Mais l’addiction ne se limite plus aux seules substances : les écrans en font aujourd’hui pleinement partie du paysage, un des sujets traités dans notre guide santé mentale au travail 2026.
Quand l’addiction s’invite dans le monde du travail
Aborder l’addiction n’est jamais simple dans le cadre professionnel. Il y a mille raisons de ne pas le faire : ne pas vouloir se mêler de la vie de l’autre, ne pas vouloir alourdir sa propre charge mentale, avoir peur de ne pas trouver les bons mots. Pourtant, ce que montrent les données récentes justifie qu’on ne détourne plus le regard.
Le sujet ne se limite plus aux substances classiques. Le smartphone et les écrans professionnels sont devenus, pour une partie des salariés, un nouveau terrain d’usage compulsif.
Une nuance mérite d’être connue avant de tirer des conclusions hâtives sur un collègue : selon la Mildeca, les actifs en emploi présentent un risque de dépendance à l’alcool deux fois moindre que les personnes inactives, et les hommes actifs un risque d’usage quotidien de cannabis trois fois moindre. Le travail protège globalement plus qu’il n’expose, mais il reste le lieu où l’addiction, quand elle existe, se voit le moins et se dit le moins.
Le rôle de l’employeur : cadre légal et prévention
L’employeur n’est pas seulement légitime à agir sur le sujet : il en a l’obligation. Le Code du travail encadre précisément la question de l’alcool sur le lieu de travail.
Au-delà du cadre légal, la médecine du travail est l’interlocuteur naturel : elle peut recevoir un salarié en toute confidentialité, l’orienter vers une prise en charge adaptée, et proposer des aménagements de poste sans que l’employeur n’ait accès au diagnostic. C’est un point souvent méconnu des équipes RH comme des salariés eux-mêmes.
- Former les managers à repérer les signaux (absentéisme répété, baisse de performance, isolement) sans poser de diagnostic
- Rappeler l’existence et le rôle du médecin du travail dans le livret d’accueil et les formations
- Prévoir une procédure claire et confidentielle en cas de situation à risque
- Sanctionner sans avoir orienté la personne vers un dispositif d’aide
- Laisser un manager seul face à une situation qui relève du médecin du travail
- Considérer l’addiction comme un problème strictement personnel, sans lien avec l’organisation du travail
Notre équipe mène régulièrement des formations Premiers Secours en Santé Mentale en intra ou inter-entreprises, dans lesquelles l’addiction est traitée comme l’un des troubles du spectre de la santé mentale au travail. Pour toute demande : formation@loptimisme.pro.
Comment aborder le sujet avec un collègue
Ouvrir la porte d’un échange bienveillant peut s’avérer bénéfique pour la personne concernée, et plus largement pour toute l’équipe, quand l’addiction commence à prendre trop de place. Quelques repères concrets pour ne pas se figer devant la situation.
1. Choisir le bon moment
En tête-à-tête, jamais devant le groupe. Un moment calme, sans urgence ni témoin.
2. Parler de faits, pas de jugement
Décrire ce qui a été observé (retards, absences, changement de comportement) sans étiqueter ni diagnostiquer.
3. Ouvrir, ne pas forcer
Poser la question, écouter la réponse, et accepter qu’elle ne vienne pas tout de suite.
4. Orienter vers une ressource
Médecin du travail, ligne d’écoute, service RH : nommer une porte de sortie concrète, sans s’improviser thérapeute.
Ressources d’aide
Personne n’a à porter seul une addiction, ni à la repérer seul chez un proche ou un collègue. Ces ressources sont gratuites, anonymes et accessibles à tous.
Un court métrage ne remplace jamais un accompagnement professionnel. Mais il peut être le déclic qui ouvre une conversation, en famille comme en entreprise. C’est précisément ce que Nuggets a réussi à faire, depuis plus de dix ans.
- Inserm : Dossier Addictions, mis à jour en juillet 2026 : inserm.fr/dossier/addictions
- Santé publique France : Consommation d’alcool, dépassement des repères à moindre risque, Baromètre de santé publique France, édition 2024 : santepubliquefrance.fr
- Mildeca : Baisse historique du nombre de fumeurs, relayant le Baromètre de Santé publique France 2024 : drogues.gouv.fr
- OFDT : Drogues et addictions, chiffres clés 2025 : ofdt.fr
- INRS : Addictions, ce qu’il faut retenir : inrs.fr
- Ithylo (groupe Aperli) : Étude « Révéler ce qui ne se voit pas », juin 2025 : aperli.com
- Mildeca : L’essentiel sur les addictions en milieu professionnel, données Dares, étude Accolade, 2024-2025 : drogues.gouv.fr
- VerbaTeam × Institut Viavoice : Baromètre sur l’hyperconnexion des salariés, 2025
- Légifrance : Code du travail, article R4228-20 : legifrance.gouv.fr

