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Vous avez remarqué qu’un de vos collègues, ou une personne de votre équipe, ne va pas bien. Peut-être un problème de santé mentale, peut-être un mauvais moment. Que faire ?
Notre équipe forme et sensibilise les entreprises sur ce sujet depuis 9 ans. Ce qui suit est le kit de base que nous donnons en salle quand un collègue ne va pas bien : trois étapes, et les phrases à éviter.
1. Ce qu’on attend de vous, et ce qu’on n’attend pas
Avant tout geste, deux choses se posent. Elles évitent la moitié des blocages que nous rencontrons en formation.
🩺 Vous n’êtes pas soignant
On ne peut pas vous demander les connaissances d’un expert en santé mentale. Il ne vous incombe ni de soigner, ni de sauver votre collègue. Seul un professionnel de santé pose un regard médical sur des signes et propose un traitement.
🤝 Mais vous pouvez être le relai
Ne pas soigner n’empêche pas d’être un soutien déterminant. Vous êtes souvent la première personne à voir que quelque chose a changé, et parfois la seule à qui votre collègue se confiera.
Nous constatons beaucoup de culpabilité et de sentiment d’impuissance chez les collaborateurs proches d’une personne en souffrance. Votre écoute vous paraîtra parfois insuffisante. C’est normal.
Vous ne saurez jamais à l’avance l’impact de vos mots et de vos gestes bienveillants dans l’intériorité de l’autre, même si sur le coup ils vous paraissent « peu efficaces ». Pour la personne en détresse, ces petites attentions changent parfois la donne.
Ne vous découragez pas. Certains problèmes de santé mentale demandent du temps et de la patience. Vous pouvez participer au mieux-être, voire au rétablissement de votre collègue, mais ces situations restent complexes et réclament souvent l’alliance d’autres acteurs.
2. Un collègue ne va pas bien : que disent nos chiffres ?
Nous avons interrogé notre communauté en juillet 2026, et un angle mort revient. La parole existe, elle ne circule pas vers les personnes formées.
- 28 % de nos répondants assument ouvertement de parler de leur santé mentale au travail.
- 29 % n’en parlent jamais.
- 44 % ne s’y risquent qu’avec certaines personnes, et c’est très souvent un collègue.
- 37 % déclarent que leur manager ne leur a jamais demandé si ça allait.
Ce dernier chiffre est un plancher. Plusieurs répondants nous ont dit avoir coché « non » alors que la question leur avait été posée, mais de pure forme.
Je pense qu’il faut différencier le « ça va ? » de politesse, et le vrai « ça va ? »… Peu de managers demandent réellement et sincèrement aux collaborateurs s’ils vont bien, et peu écoutent et entendent réellement la réponseVerbatim brut, une répondante de notre communauté
Le même écart se voit en salle. Quand nous posons la question en formation, une minorité seulement se sent capable d’aller vers un collègue en souffrance.
3. Repérer un changement de comportement
Première des trois étapes. Poser un diagnostic ne vous revient pas, mais chacun peut se sensibiliser aux signes d’une détresse psychologique au travail et en évaluer l’impact sur la vie professionnelle ou sociale de son collègue.
Une part de subjectivité restera toujours dans cette évaluation, c’est indéniable. Mais plus nous serons nombreux à être informés, plus nous permettrons un accès précoce à une aide efficace, avant que la situation ne s’aggrave.
Les quatre registres de signes
Comportementaux
Absence aux réunions, repli sur soi, difficultés à coopérer, hostilité envers les collègues, consommation de produits pour « tenir le coup ».
Cognitifs
Difficultés de concentration, trouble de la mémoire ou de l’attention, indécision, difficultés à faire des opérations simples.
Émotionnels
Tristesse, angoisse, anxiété, hypersensibilité, colère.
Physiques
Fatigue généralisée, trouble du sommeil, douleurs multiples, maux de tête, perte d’appétit.
C’est un changement inhabituel qui met la puce à l’oreille. Un signe isolé ne veut pas dire grand-chose. Un ensemble de signes doit alerter.
Humeur passagère ou vrai problème ? Trois questions
Le ou les signes que j’observe chez mon collègue durent-ils dans le temps ?
Le ou les signes semblent-ils provoquer une souffrance chez lui ?
Le ou les signes empêchent-ils mon collègue de faire ce qu’il avait l’habitude de faire, au travail, avec ses proches ou dans sa vie sociale ?
Il y a lieu d’agir lorsque le signe devient un problème ou une source de souffrance, pour votre collègue ou pour les autres.
4. Ouvrir le dialogue sans être intrusif
Deuxième étape. Lorsque vous constatez un mal-être chez un collègue, la meilleure manière d’agir reste d’en parler, dans un dialogue ouvert et confiant. Ce réflexe n’a rien d’évident.
La peur de paraître intrusif, la peur d’être maladroit ou de ne pas trouver les bons mots, la peur d’être submergé par les émotions de l’autre. Autant de freins qui nous empêchent d’aller vers l’autre.
Les techniques de communication non violente et la pratique de l’écoute active aident. Débutez la conversation en repartant de ce que vous avez observé, les faits, et en privilégiant le « je » : « j’ai remarqué que… », « je me soucie pour toi… ».
Posez ensuite des questions ouvertes sur ses ressentis, sans vous prendre en exemple et sans paraître « inquisitoire ».
La méthode TEL, pour préparer le moment
Dans son livre AIDER, Catherine Testa résume les conditions d’un bon échange en trois lettres.
Un temps dédié, qui convient à la personne. Pas un couloir, pas une fin de réunion, pas devant les autres.
Un lieu propice, au calme, qui sécurise l’échange et protège la confidentialité.
Le choix de l’autre prime. Vous proposez, vous n’imposez pas. Un refus aujourd’hui laisse la porte ouverte demain.
Si votre collègue n’est pas disponible, reportez l’échange et montrez-lui que vous le restez, vous, quand ce sera le bon moment pour lui.
N’engagez pas cette conversation si vous ne vous sentez pas en capacité émotionnelle de parler d’un mal-être. Dans ce cas, posez-vous plutôt cette question : à qui d’autre puis-je faire appel en toute confiance, dans l’entourage de mon collègue, parmi mes collègues ou dans ma hiérarchie ?
5. Orienter vers un professionnel
Troisième étape. Une fois que votre collègue s’est senti écouté, il devient plus facile de lui donner de l’information et de l’orienter. L’objectif tient en une phrase : lui permettre d’être aidé s’il ne l’est pas encore.
- En interne, la médecine du travail, un psychologue du travail, un coach, l’assistante sociale, les services de votre mutuelle.
- En externe, son médecin traitant, une association, un centre de ressources. Cet article aide à s’y retrouver.
- Ne restez pas seul face à la souffrance de votre collègue. Parlez-en de votre côté pour ne pas porter les émotions de l’autre.
Prendre soin de soi compte autant que prendre soin des autres.
6. Ce qu’il ne faut surtout pas dire
Quand un collègue ne va pas bien, la peur de mal dire paralyse plus que l’indifférence. Deux familles de phrases reviennent, et elles partent presque toujours d’une bonne intention.
Les jugements déguisés en diagnostic
Nous les entendons régulièrement, de la part de managers comme de collègues. Ils enferment la personne dans une case que personne n’a le droit de lui attribuer.
- « Il simule », qui suppose une intention là où il y a une souffrance.
- « Il doit faire une dépression », qui pose un diagnostic sans en avoir ni le droit ni les moyens.
- « Moi je pense qu’il devrait s’arrêter », qui décide d’un arrêt de travail à la place d’un médecin.
Les encouragements qui blessent
Le livre AIDER de Catherine Testa recense les maladresses les plus fréquentes, celles que nous retrouvons dans nos formations et nos sensibilisations.
- « Tu devrais sortir de chez toi », qui transforme la souffrance en manque de volonté.
- « Si j’étais toi, j’annulerais ce rendez-vous », qui décide à la place de l’autre.
- « Allez, souris un peu, la vie est belle », qui demande de cacher ce qui déborde.
Nous avons la responsabilité d’une écoute, pas celle d’une réponse.Catherine Testa, AIDER, Michel Lafon, 2023
Le principe vaut pour les situations les plus difficiles à aborder, comme le deuil d’un collègue, ou une rupture que l’entourage professionnel découvre sans savoir quoi en faire.
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Questions fréquentes
Que faire quand un collègue ne va pas bien et refuse d’en parler ?▼
Ai-je le droit de prévenir mon manager ou les ressources humaines ?▼
Comment savoir si c’est un coup de fatigue ou un vrai problème ?▼
Quels mots employer pour ouvrir la conversation ?▼
Vers qui orienter un collègue qui ne va pas bien ?▼
Cet article informe et donne des repères de prévention. Il ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un psychologue ou d’un psychiatre.
En cas d’urgence ou de détresse : 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et ouvert 24h/24. 3919, violences conjugales, gratuit et anonyme. 15 ou 112 en cas de danger immédiat.
- L’Optimisme.pro : Enquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants.
- L’Optimisme.pro : Remontées terrain des formations et sensibilisations en entreprise, 2026.
- Catherine Testa : AIDER, les clés pour apprendre à observer, écouter, accompagner, Michel Lafon, 2023.
- Haute Autorité de Santé : Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout, 2017. Consulter
- Michel Gollac et Marceline Bodier : Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser, rapport au ministre du Travail, 2011. Consulter


