Licenciement pour inaptitude : la procédure, vos droits, vos indemnités

licenciement pour inaptitude

⏱ Temps de lecture : 6 min
ℹ️En résumé : Le licenciement pour inaptitude est la rupture du contrat prononcée par l’employeur après qu’un médecin du travail a déclaré le salarié inapte à son poste (article L.4624-4 du Code du travail). L’employeur doit d’abord chercher un reclassement, sauf mention expresse contraire dans l’avis. Un mois après l’examen médical de reprise, faute de reclassement ou de licenciement, il reprend le versement du salaire (article L.1226-4). L’indemnité de licenciement double en origine professionnelle (article L.1226-14).

Une inaptitude tombe rarement au bon moment. Après un arrêt long, le médecin du travail vous déclare inapte à votre poste, et tout s’accélère.

Les questions que nous recevons tournent autour de trois points. Combien vais-je toucher ? Ai-je droit au chômage ? Puis-je contester ? Cet article y répond, Code du travail à l’appui, sources vérifiées le 13 août 2026. Il prolonge notre guide de la médecine du travail.

Licenciement pour inaptitude : de quoi parle-t-on, et qui décide ?

Le licenciement pour inaptitude est la rupture du contrat de travail prononcée par l’employeur après qu’un médecin du travail a déclaré le salarié inapte à son poste. L’employeur ne décide jamais de l’inaptitude, il en tire les conséquences.

Le médecin du travail déclare l’inaptitude lorsqu’aucun aménagement du poste ne reste possible et que l’état de santé justifie un changement de poste (article L.4624-4 du Code du travail). Avant cela, il réalise un examen médical, une étude du poste et un échange avec l’employeur (article R.4624-42). Un second examen reste possible dans les quinze jours.

⚠️Important : L’inaptitude porte sur le poste occupé, pas sur tout emploi. Le salarié reste apte à travailler ailleurs, et cette distinction pèse ensuite sur ses droits au chômage.

Une inaptitude arrive rarement sans signaux d’alerte. Elle suit souvent un arrêt long, parfois un burn-out.

Repérer ces signaux tôt permet souvent d’éviter d’en arriver là : notre guide de la santé mentale au travail détaille les conséquences RH d’une dégradation ignorée et les leviers pour agir avant l’inaptitude.

37 %
des salariés que nous suivons affirment que leur manager ne leur a jamais demandé si ça allait. Le chiffre mesure la parole au travail, pas l’inaptitude, mais il éclaire le terrain.
Enquête L’Optimisme.pro auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants

Comment se déroule la procédure de licenciement pour inaptitude, étape par étape ?

La procédure suit six étapes : l’avis d’inaptitude, la recherche de reclassement, l’information écrite du salarié, la convocation, l’entretien préalable, puis la notification par lettre recommandée.

1
L’avis d’inaptitude

Le médecin du travail notifie son avis. Le document mentionne obligatoirement les voies et le délai de recours.

2
La recherche de reclassement

L’employeur cherche un emploi approprié aux capacités du salarié, après avis du CSE (articles L.1226-2 et L.1226-10). Aucun délai légal ne lui est imposé.

3
L’information écrite

S’il ne trouve rien, il fait connaître au salarié, par écrit, les motifs qui s’opposent au reclassement (articles L.1226-2-1 et L.1226-12). Conservez ce document, il pèse lourd en litige.

4
La convocation

L’entretien ne peut pas se tenir moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre (article L.1232-2).

5
L’entretien préalable

Le salarié se fait assister par une personne de l’entreprise ou, à défaut, par un conseiller extérieur.

6
La notification

La lettre part au plus tôt deux jours ouvrables après l’entretien (article L.1232-6). Le contrat est rompu à cette date.

Licenciement pour inaptitude : les 6 étapes de la procédure, de l'avis du médecin du travail à la notification

L’employeur peut-il licencier sans chercher de reclassement ?

Non, sauf dans deux cas. L’employeur doit proposer un autre emploi approprié aux capacités du salarié, aussi comparable que possible au précédent (articles L.1226-2 et L.1226-10). Il en est dispensé uniquement si l’avis porte l’une des deux mentions expresses prévues par la loi.

Tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé, ou l’état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi.
ARTICLE L.1226-2-1 DU CODE DU TRAVAIL, LES DEUX MENTIONS QUI DISPENSENT DE RECLASSEMENT

Hors ces deux mentions, la recherche s’impose. Elle couvre l’entreprise et les entreprises du groupe situées sur le territoire national qui permettent la permutation du personnel.

  • Il tient compte des conclusions écrites du médecin du travail, y compris sur la capacité à suivre une formation.
  • Il peut mobiliser mutations, aménagements, transformations de postes et aménagement du temps de travail.
  • Il ne peut rompre le contrat que dans trois cas : impossibilité de reclasser justifiée, refus de l’emploi proposé, ou mention expresse dans l’avis.

Que se passe-t-il un mois après l’avis d’inaptitude ?

Au terme d’un délai d’un mois à compter de la date de l’examen médical de reprise, si le salarié n’est ni reclassé ni licencié, l’employeur lui verse le salaire correspondant à l’emploi qu’il occupait avant la suspension de son contrat. La règle vaut pour les deux origines d’inaptitude, avec un texte identique (articles L.1226-4 et L.1226-11).

🚨Attention : Le point de départ du mois est la date de l’examen médical de reprise, pas celle de la notification de l’avis ni celle de la lettre de licenciement. Beaucoup de sites confondent les trois. Notez-la, elle conditionne le rattrapage de salaire.

Après un accident du travail ou une maladie professionnelle, ce premier mois est couvert par l’indemnité temporaire d’inaptitude versée par l’Assurance Maladie (articles D.433-1 à D.433-8 du code de la sécurité sociale). Son montant égale les indemnités journalières perçues pendant l’arrêt, sans délai de carence.

Inaptitude professionnelle ou non professionnelle : quelle différence ?

L’origine professionnelle, accident du travail ou maladie professionnelle, double l’indemnité de licenciement et ouvre droit à une indemnité compensatrice de préavis. L’origine non professionnelle ouvre l’indemnité légale simple.

Point de comparaisonInaptitude non professionnelleInaptitude professionnelle
OrigineMaladie ou accident sans lien avec le travailAccident du travail ou maladie professionnelle
Textes applicablesArticles L.1226-2 à L.1226-4-3Articles L.1226-10 à L.1226-14
Condition d’ancienneté8 mois ininterrompus chez le même employeurAucune condition d’ancienneté
Indemnité de licenciementAu moins l’indemnité légaleIndemnité spéciale, au moins le double de l’indemnité légale
PréavisNon exécuté et non payé, mais compté dans l’anciennetéIndemnité compensatrice d’un montant égal à l’indemnité de préavis
Premier mois sans décisionReprise du salaire par l’employeurIndemnité temporaire d’inaptitude versée par la CPAM

Quelles indemnités percevez-vous après un licenciement pour inaptitude ?

Un salarié licencié pour inaptitude d’origine non professionnelle perçoit au minimum l’indemnité légale de licenciement, s’il compte huit mois d’ancienneté ininterrompus chez le même employeur (article L.1234-9). Le montant double en origine professionnelle, sans condition d’ancienneté (article L.1226-14).

Le barème se lit en deux tranches (article R.1234-2) : un quart de mois de salaire par année d’ancienneté jusqu’à dix ans, puis un tiers de mois à partir de dix ans. Les années incomplètes se calculent au prorata des mois complets.

Le salaire de référence retient la formule la plus avantageuse entre la moyenne des douze derniers mois et le tiers des trois derniers mois (article R.1234-4). Point capital après un arrêt long : la référence se prend alors sur les mois précédant l’arrêt maladie. Six mois d’arrêt n’amputent donc pas l’indemnité.

💡Astuce : Avec 12 ans d’ancienneté et un salaire de référence de 2 400 € bruts, l’indemnité atteint 2,5 mois pour les dix premières années plus un tiers de mois pour chacune des deux suivantes, soit environ 7 600 € bruts. En origine professionnelle, elle passe à environ 15 200 € bruts.

En origine non professionnelle, le contrat est rompu à la date de notification, le préavis n’est pas exécuté et ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. Sa durée compte pourtant dans le calcul (article L.1226-4). Votre convention collective peut prévoir mieux.

Avez-vous droit au chômage après un licenciement pour inaptitude ?

Oui. Le licenciement pour inaptitude est un licenciement pour motif personnel, donc une privation involontaire d’emploi qui ouvre droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) si les conditions générales sont réunies. L’inaptitude visant le poste occupé, elle ne fait pas obstacle à la condition d’aptitude physique à l’exercice d’un emploi.

L’inscription à France Travail intervient dans les douze mois suivant la fin du contrat. Trois délais s’ajoutent avant le premier versement : le différé congés payés, le différé spécifique assis sur les indemnités versées au-delà du minimum légal (plafond de 150 jours calendaires), puis le délai d’attente de 7 jours.

Comment contester un avis d’inaptitude ou son licenciement ?

La contestation de l’avis d’inaptitude se porte devant le conseil de prud’hommes, selon la procédure accélérée au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’avis (articles L.4624-7 et R.4624-45). Salarié comme employeur peuvent saisir le juge, et la décision se substitue à l’avis contesté.

Attention à une information périmée qui circule encore : jusqu’au 1er janvier 2020, ce recours passait par la formation de référé. Le décret du 20 décembre 2019 l’a basculé en procédure accélérée au fond.

La contestation du licenciement relève elle aussi du conseil de prud’hommes, le plus souvent sur une recherche de reclassement bâclée. Faites-vous accompagner par un avocat en droit du travail, et lisez notre guide de la santé mentale au travail pour les relais internes.

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FAQ : vos questions sur le licenciement pour inaptitude

Combien de temps l’employeur a-t-il pour licencier après un avis d’inaptitude ?
Aucun délai maximal ne lui est imposé par la loi. Un mois après l’examen médical de reprise, faute de reclassement ou de licenciement, il doit reprendre le versement du salaire (articles L.1226-4 et L.1226-11 du Code du travail).
Le préavis est-il payé en cas de licenciement pour inaptitude ?
En origine non professionnelle, non : le préavis n’est pas exécuté et ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice (article L.1226-4). Sa durée compte toutefois pour l’indemnité de licenciement. En origine professionnelle, le salarié perçoit une indemnité compensatrice équivalente (article L.1226-14).
Quelle indemnité perçoit-on pour une inaptitude d’origine professionnelle ?
Une indemnité spéciale au moins égale au double de l’indemnité légale, sans condition d’ancienneté, plus une indemnité compensatrice égale à l’indemnité de préavis (article L.1226-14). Les deux tombent si l’employeur établit que le refus du reclassement était abusif.
Peut-on refuser le poste de reclassement proposé ?
Oui. En origine non professionnelle, ce refus autorise l’employeur à rompre le contrat (article L.1226-2-1). En origine professionnelle, un refus abusif prive le salarié de l’indemnité spéciale : le refus est abusif quand le poste respecte les préconisations du médecin du travail et ne modifie pas le contrat.
L’employeur doit-il chercher un reclassement dans tout le groupe ?
Le périmètre couvre l’entreprise et les entreprises du groupe situées sur le territoire national qui assurent la permutation du personnel (articles L.1226-2 et L.1226-10). Les filiales étrangères en sortent.
Dans quel délai peut-on contester un avis d’inaptitude ?
Dans les quinze jours suivant la notification de l’avis, devant le conseil de prud’hommes statuant selon la procédure accélérée au fond (articles L.4624-7 et R.4624-45). Le recours est ouvert au salarié comme à l’employeur.
💙À savoir : Cet article informe, il ne remplace ni le conseil d’un avocat en droit du travail, ni l’avis d’un médecin. Les règles citées sont en vigueur en août 2026, vérifiées sur Légifrance, service-public.fr et ameli.fr. Pour votre situation, appuyez-vous sur votre convention collective, le CSE et un avocat. En cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond gratuitement 24h/24.
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Sources
  1. Code du travail : articles L.1226-2 à L.1226-4-3, inaptitude d’origine non professionnelle, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  2. Code du travail : articles L.1226-10 à L.1226-14, inaptitude d’origine professionnelle, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  3. Code du travail : article L.4624-4, constat de l’inaptitude par le médecin du travail, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  4. Code du travail : articles R.4624-42 à R.4624-45, modalités du constat et contestation, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  5. Code du travail : article L.4624-7, contestation selon la procédure accélérée au fond, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  6. Code du travail : article R.1234-2, barème de l’indemnité légale de licenciement, Légifrance, vérifié le 13 août 2026
  7. Service-Public.fr : Le salarié perçoit-il des indemnités en cas de licenciement pour inaptitude physique ?, vérifié le 13 août 2026
  8. Service-Public.fr : Inaptitude au travail d’un salarié après un arrêt maladie, vérifié le 13 août 2026
  9. Service-Public.fr : Inaptitude au travail du salarié suite à un accident du travail, vérifié le 13 août 2026
  10. Service-Public.fr : Indemnité de licenciement du salarié en CDI, vérifié le 13 août 2026
  11. Service-Public.fr : Allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), conditions et différés, vérifié le 13 août 2026
  12. L’Optimisme.pro : Enquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants