
Interview initialement publiée le 22 janvier 2021, mise à jour le 29 août 2026

Lors d’un webinar organisé en 2021, vous avez été des centaines à rejoindre Catherine Testa en direct pour interroger Kevin Chassangre sur le syndrome de l’imposteur. À nos yeux, c’est la référence en France sur le sujet : docteur en psychologie, auteur de « Cessez de vous déprécier – Se libérer du Syndrome de l’Imposteur » (Dunod), il s’appuie sur des données solides plutôt que sur l’intuition.
Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?
Le syndrome de l’imposteur est un ressenti ou la conviction de ne pas être à la hauteur malgré tous les signes objectifs qui pourraient prouver le contraire. Celui qui l’exprime attribue sa réussite à des facteurs externes, comme la chance ou le hasard. Cette personne a une peur réelle d’être démasquée alors que tout prouve au contraire qu’elle n’est pas un imposteur.
Les premiers écrits sur le sujet datent de 1978 aux États-Unis et viennent des chercheuses américaines Clance et Imes.
Beaucoup d’artistes comme Kate Winslet, par exemple, ont exprimé ce syndrome. Plusieurs études ont montré qu’il touchait différents types de professions et champs d’activités.
Quels sont les 3 grands piliers du syndrome de l’imposteur ?
Un moyen mnémotechnique pour le retenir : penser aux 3 premières lettres du mot « imposteur » (IMP).

1. Impression de tromper son entourage
2. Mauvaise attribution
3. Peur d’être démasqué·e
Quels sont les symptômes de ce syndrome ?
Ce syndrome est très hétérogène et il y a autant de syndromes de l’imposteur qu’il existe de personnes. Parmi les symptômes, on peut citer : la peur de l’échec, la peur de la réussite, le dénigrement des compétences, la culpabilité etc.
Il est possible aussi de ressentir des manifestations anxieuses et ce syndrome peut s’entrecroiser avec certains messages qu’on a pu apprendre d’un point de vue personnel durant l’enfance.
Il existe plusieurs grilles de lecture et l’idée est de trouver celle qui nous convient.
Le syndrome touche-t-il autant les hommes que les femmes ?
Dans les premiers travaux de recherches, les chercheurs ont surtout observé ce syndrome chez les femmes. Cependant, dès la fin des années 70 Clance et Imes ont stipulé que les hommes pouvaient aussi être touchés par ce syndrome. Aujourd’hui, les études montrent qu’il y a une parité d’expression.
Existe-t-il un lien avec d’autres « troubles » ou traits de personnalité ?
🔥 Lien avec le burn-out
Plusieurs études ont montré un lien entre le syndrome de l’imposteur et le burnout. Cela s’explique par les symptômes présents. Une personne avec ce syndrome a généralement la volonté de prouver qu’elle est compétente, elle se donne à 200% et il y a un fort risque d’épuisement professionnel.
⚡ Lien avec l’hypersensibilité
Kevin Chassangre n’a pas connaissance d’études qui montreraient le lien entre l’hypersensibilité et le syndrome de l’imposteur. D’un point de vue pratique, il constate cependant un lien car qui dit « hypersensibilité » dit « émotions fortes » et « pensées qui peuvent partir dans tous les sens ». Ces émotions amènent rapidement à une remise en question qui n’est pas forcément constructive.
📉 Lien avec le sentiment d’infériorité
Il y a indéniablement un lien avec le sentiment d’infériorité. Moins je me considère à la hauteur et plus je risque d’être démasqué…
🎭 Lien avec le pervers narcissique
Il n’y a pas d’étude qui montre un lien entre le syndrome de l’imposteur et le pervers narcissique. Toutefois, un pervers narcissique peut potentiellement utiliser les remises en question de la personne exprimant ce syndrome à de mauvaises fins. Ces deux personnes fonctionnent avec des cartes mentales opposées.
Diagnostiquer le syndrome de l’imposteur ?
« Diagnostiquer » n’est pas tellement approprié. Le syndrome de l’imposteur n’est pas une maladie mais un obstacle à son propre potentiel. Un psychologue va observer ou faire l’hypothèse de manifestations. Un manager peut aussi poser la question auprès des membres de son équipe.
Un psychologue sensibilisé au sujet va pouvoir utiliser les outils les plus adéquats pour aider la personne. N’importe quel psychologue peut être en mesure d’accompagner ce syndrome. Cette thématique se dévoile généralement au fur et à mesure des rendez-vous, sachant que tout professionnel est dans un processus d’autoformation.
Quelles répercussions dans le quotidien ?
Ce syndrome peut bien se vivre en fonction de son intensité. Plus il est intense et fréquent, plus les répercussions sont handicapantes sur le bien-être ou l’expression de son potentiel. Dans le quotidien, ce syndrome peut entraîner une symptomatologie dépressive ou anxieuse, une difficulté à prioriser les tâches, à demander de l’aide, à ne pas oser prendre certains risques, à recevoir les compliments ou à s’attribuer ses réussites. Ces personnes peuvent être dans une « sur-préparation » ou à l’inverse, elles peuvent procrastiner, se mettre en échec volontairement.
Existe-t-il différents types de syndrome de l’imposteur ?
Il apparait notamment dans les phases de changement (nouveau poste, par exemple). Toute phase de grand changement peut être sujette au syndrome de l’imposteur.
Cela s’exprime à différents degrés en fonction de la période de vie. Lorsqu’il s’exprime moins, on peut envisager l’idée d’un autre point de vue, ce qui appuie l’idée que le syndrome de l’imposteur est un ressenti et non un fait.
On ne se débarrasse jamais vraiment de ce sentiment d’imposture mais c’est important de faire avec et d’utiliser les bons outils quand il émerge.
Quel rôle joue l’entourage ?
L’environnement dans lequel un individu a évolué a une réelle influence sur l’émergence du syndrome de l’imposteur. La compétition et la pression d’être toujours à la hauteur ouvrent largement la voie à ce ressenti. Si je suis entourée de personnes considérées comme brillantes, qui ne montrent jamais qu’elles peuvent échouer, j’apprends que mon entourage est parfait et que je ne le suis pas. J’aurai alors du mal à me sentir légitime. Nous sommes indissociables de l’environnement dans lequel nous naissons.
Comment ce syndrome s’exprime-t-il au travail ?
Parler de son syndrome de l’imposteur est une excellente façon de l’atténuer mais c’est aussi se montrer vulnérable. Il faut changer notre perception de la vulnérabilité qui est en réalité une force. C’est être humain donc c’est être imparfait même si tout le monde prétend le contraire. En parler montre que l’on peut faire différemment et cela valorise un système de soutien plutôt que de concurrence.
Organiser un groupe de parole est une très bonne alternative thérapeutique ou professionnelle pour libérer la parole sur ce sujet.
Comment réagir face à une personne de notre entourage qui exprime ce syndrome ?
Ce syndrome – il est bien de le rappeler – ne relève pas que du domaine professionnel. Il peut s’exprimer dans le contexte social, familial…L’écoute et le soutien sont essentiels. Si je vais contre le ressenti de la personne, l’échange est impossible car la personne n’aura plus envie de parler.
L’idée est d’amener la personne à un questionnement socratique : est-ce que c’est vraiment dû qu’à de la chance ou au hasard ? Quelles sont les autres explications possibles d’un succès ? L’idée est de s’autoriser à identifier ses talents et se les approprier. Il y a une grande différence entre avoir confiance en soi et être une personne prétentieuse. L’enjeu est d’amener la personne à avoir un point de vue nuancé.
Comment rompre le cercle vicieux, en 4 étapes ?
Mesurer à partir d’un questionnaire, me positionner pour bien identifier le syndrome, ce qui permet de mettre à distance mes représentations.
Quel a été mon système familial ? Quels sont mes symptômes ? Qu’est-ce qui, actuellement, amène ce syndrome et l’entretient dans ma vie ?
Que ce n’est pas une maladie, que c’est un obstacle à mon bien-être, que j’aurai peut-être toute ma vie.
Si je comprends comment s’exprime ce syndrome, je peux mettre en place des outils thérapeutiques.
Il y a un panel très large d’outils thérapeutiques qui s’utilisent en fonction de la personne. Un des outils les plus pertinents est de développer sa bienveillance envers soi-même, avoir envers soi le discours qu’on aurait envers notre meilleur ami. La méditation, l’hypnose ou la sophrologie peuvent accompagner la personne exprimant un syndrome de l’imposteur.
Que faire si ce syndrome n’est pas reconnu au travail ?
Que faire si un manager reste insensible alors qu’on lui expose ce syndrome et cette souffrance ?
Il est important de développer ses capacités d’affirmation de soi. Je peux être dans un environnement qui exploite mes ressources lorsque je ne sais pas dire non, par exemple. On peut identifier qu’on agit dans ce cadre pour poser certaines limites. En toute authenticité et empathie, il est possible d’affirmer : « non, ce n’est pas possible par rapport aux ressources que j’aies. » En tant qu’être humain, on a des limites, il est essentiel de les dire et de les reconnaître.
Quels chiffres retenir sur le syndrome de l’imposteur ?
Kevin Chassangre nous avait aussi transmis cette série de repères chiffrés sur le sujet :
- 2 000 : c’est le nombre de fois, en moyenne, où un bébé tombe avant de savoir marcher (les chercheurs ont mesuré des dizaines de chutes par jour sur plusieurs mois d’apprentissage). De quoi relativiser le droit à l’échec avant la réussite (Adolph et al., 2012).
- 10 : c’est le nombre de caractéristiques identifiées chez les personnes qui présentent ce syndrome (Clance & O’Toole, 1997).
- 6 : c’est le nombre de symptômes qui sous-tendent l’expression du syndrome de l’imposteur : dénigrement de soi, peur de l’échec, peur ou culpabilité liée au succès, besoin de reconnaissance, attitudes « superwomen/men », cycle de l’imposteur (Clance, 1985).
- 5 : c’est le nombre d’étapes pour constituer son propre profil d’expression du syndrome de l’imposteur (Chassangre, 2016).
- 1 : c’est le nombre de tentatives que s’accordent, en général, les personnes concernées pour réaliser une tâche parfaitement, avant de se qualifier elles-mêmes d’imposteur.

Docteur en psychologie, auteur avec Stacey Callahan de « Se libérer du syndrome de l’imposteur – Cessez de vous déprécier pour être enfin vous-même » (Dunod). Site : www.psychosteur.com · LinkedIn
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formation@loptimisme.pro- Clance P.R., Imes S.A., « The Impostor Phenomenon in High Achieving Women », Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 1978.
- Chassangre K., La modestie pathologique, thèse de doctorat en psychologie, Université Toulouse Jean Jaurès, 2016.
- Clance P.R., O’Toole M.A., « Impostor Phenomenon: An Internal Barrier to Empowerment and Achievement », Women and Therapy, 1987.
- Holmes S.W. et al., « Measuring the impostor phenomenon », Journal of Personality Assessment, 1993.
- Chassangre K., Callahan S., Cessez de vous déprécier. Se libérer du syndrome de l’imposteur, Dunod, 2016.
- Adolph K.E. et al., « How Do You Learn to Walk? Thousands of Steps and Dozens of Falls per Day », Psychological Science, 2012.


