Quiet quitting : définition, chiffres et réponses managériales

Désengagement au travail : le repérer et agir sans culpabiliser

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Qu’est-ce que le quiet quitting ?

Le quiet quitting, ou « démission silencieuse », désigne le fait de continuer à occuper son poste tout en réduisant volontairement son investissement au strict périmètre du contrat de travail : ni heures supplémentaires, ni initiative, ni engagement émotionnel au-delà de ce qui est demandé.

Contrairement à ce que le mot « quitting » laisse entendre, il ne s’agit pas d’un départ. La personne reste en poste, remplit ses objectifs de base, mais retire tout ce qui relevait auparavant d’un engagement discrétionnaire : plus de disponibilité en dehors des horaires, plus de participation spontanée, plus d’énergie investie dans les à-côtés de la fonction.

  • Expression popularisée en juillet 2022 sur TikTok, mais le phénomène qu’elle décrit est documenté depuis des décennies sous le nom de désengagement.
  • 21 % des salariés dans le monde se déclarent activement engagés en 2025, en baisse depuis 2024 (Gallup, State of the Global Workplace 2025).
  • En France, seuls 7 à 8 % des salariés se disent engagés au travail, l’un des taux les plus bas d’Europe (Gallup, 2023 et 2025-2026).
  • 72 % des salariés français décrivaient déjà des comportements de « quiet quitting » en 2023 (Gallup).
  • L’engagement des managers eux-mêmes recule fortement (-9 points depuis 2022 au niveau mondial), ce qui aggrave mécaniquement le désengagement de leurs équipes.

D’où vient l’expression, et depuis quand ?

Le terme « quiet quitting » émerge sur TikTok à l’été 2022, porté par de jeunes actifs américains qui décrivent leur choix de ne plus « vivre pour travailler ». La vidéo qui popularise l’expression, publiée fin juillet 2022, dépasse rapidement des millions de vues, et le terme traverse l’Atlantique en quelques semaines.

Mais le concept n’est pas nouveau. Les chercheurs en psychologie du travail parlent depuis les années 1990 de retrait organisationnel ou de désengagement pour décrire le même mécanisme : un salarié qui reste présent physiquement, remplit les tâches minimales, mais retire son implication psychologique. Le quiet quitting est donc un habillage générationnel récent d’un phénomène ancien, avec un mérite réel : il a donné un mot simple à une expérience que beaucoup de salariés vivaient sans savoir la nommer.

À retenir : Le quiet quitting de 2022 n’a rien inventé sur le fond. Il a mis en lumière, avec un mot qui a fait le tour du monde en quelques semaines, un désengagement au travail documenté depuis longtemps par la recherche en sciences des organisations.

Quels chiffres en France en 2025-2026 ?

Le rapport Gallup State of the Global Workplace 2025, basé sur plus de 227 000 réponses collectées entre avril et décembre 2024 dans plus de 160 pays, mesure un engagement mondial de 21 % des salariés, en recul par rapport aux 23 % de 2024. 62 % des salariés sont classés « non engagés » et 17 % « activement désengagés ». Le coût de ce désengagement est estimé à 438 milliards de dollars de productivité perdue à l’échelle mondiale.

7-8 %
seulement des salariés français se déclarent engagés au travail, l’un des taux les plus bas d’Europe
Source : Gallup, State of the Global Workplace, 2023 et 2025-2026

La France se classe historiquement parmi les derniers pays européens sur l’engagement au travail, loin derrière l’Allemagne. Le rapport souligne aussi une crise spécifique chez les managers : leur engagement a chuté de 9 points depuis 2022 au niveau mondial, avec un décrochage particulièrement marqué chez les managers de moins de 35 ans et chez les femmes managers. Or, selon Gallup, 70 % de l’engagement d’une équipe dépend directement de la qualité du management qu’elle reçoit : un manager lui-même désengagé transmet mécaniquement ce désengagement à son équipe.

Le quiet quitting est-il de la paresse ou un symptôme ?

Présenter le quiet quitting comme un problème de paresse individuelle est l’erreur d’analyse la plus fréquente, et la plus contre-productive. Un salarié qui réduit son engagement discrétionnaire réagit presque toujours à un déséquilibre qu’il ne peut pas résoudre autrement : reconnaissance absente, charge disproportionnée, manque d’autonomie, ou perte de sens.

Le modèle Areas of Worklife de Christina Maslach et Michael Leiter identifie six domaines dont le déséquilibre prolongé mène à l’épuisement ou au retrait : la charge de travail, le contrôle, la récompense, la communauté, l’équité et les valeurs. Le quiet quitting apparaît souvent comme la réponse rationnelle d’une personne qui a compris que son investissement supplémentaire ne sera ni reconnu ni récompensé, plutôt que comme un manque de volonté.

Attention : Traiter le quiet quitting par la seule injonction (« il faut plus s’investir ») ne fait qu’aggraver le sentiment d’iniquité qui en est souvent à l’origine. C’est un piège classique du management réactif.

Refuser la victimisation ne veut pas dire nier le mécanisme : un salarié qui pose une limite claire à son engagement discrétionnaire exerce, dans bien des cas, un droit légitime à ne pas se surinvestir dans une relation de travail qu’il ne juge plus équitable. La question utile n’est pas « comment le faire réagir » mais « qu’est-ce qui, dans l’organisation, a rendu ce retrait rationnel ».

Quel lien avec le désengagement, le bore-out et le burn-out ?

Le quiet quitting se situe à la croisée de plusieurs phénomènes proches, qu’il est utile de distinguer pour agir juste.

Phénomène Ce qui le caractérise
Quiet quitting Réduction volontaire de l’engagement discrétionnaire, au strict cadre du contrat
Désengagement Terme générique de la recherche en sciences des organisations, dont le quiet quitting est une forme actuelle
Bore-out Épuisement lié à l’ennui et au manque de stimulation, avec une souffrance similaire au burn-out
Burn-out Syndrome d’épuisement professionnel lié à une surcharge chronique, reconnu par la HAS (2017)

Le quiet quitting peut être un point d’arrivée (après un désengagement progressif) ou un point de passage vers un bore-out, quand le retrait s’installe durablement et se double d’un sentiment de vide et d’inutilité. Il peut aussi précéder un burn-out chez les profils qui, faute d’avoir su réduire leur engagement à temps, ont continué à cumuler charge et frustration jusqu’à l’épuisement. Notre pilier sur le désengagement au travail détaille les mécanismes progressifs qui mènent d’un engagement plein à un retrait silencieux.

Le quiet quitting change-t-il quelque chose sur le plan légal ?

Sur le plan strictement juridique, un salarié en quiet quitting ne commet aucune faute tant qu’il exécute les tâches prévues par son contrat de travail et respecte son temps de travail légal. Le droit du travail français protège d’ailleurs explicitement certains des comportements que recouvre le quiet quitting : le droit à la déconnexion (article L2242-17 du Code du travail) et le respect des durées maximales de travail encadrent précisément la frontière entre engagement normal et surinvestissement non rémunéré.

Un employeur ne peut donc pas sanctionner un salarié pour avoir cessé de répondre à des sollicitations hors de son temps de travail, ni pour avoir refusé des tâches non prévues par sa fiche de poste. La seule zone grise concerne l’appréciation de la qualité du travail fourni sur le périmètre contractuel : si celle-ci se dégrade réellement, l’entretien d’évaluation reste l’outil adapté, pas la sanction disciplinaire d’un simple retrait d’initiative.

À retenir : Le quiet quitting n’est pas une catégorie juridique. C’est une lecture managériale d’un comportement qui, tant qu’il respecte le contrat de travail, reste parfaitement licite.

Comment un manager repère-t-il le quiet quitting dans son équipe ?

Le quiet quitting est volontairement discret : il ne se traduit ni par de l’absentéisme ni par une baisse brutale de performance sur les tâches formelles. Les signaux à observer sont plus fins.

1. Disparition de l’initiative

Le collaborateur exécute ce qui est demandé, ne propose plus rien de spontané.

2. Retrait des échanges informels

Moins de présence aux moments collectifs non obligatoires (pauses, réunions ouvertes).

3. Réponses minimales

Les échanges se réduisent au strict nécessaire, sans élaboration ni question.

4. Respect strict des horaires

Départ à l’heure pile, aucune flexibilité sur les urgences non prévues au contrat.

Aucun de ces signes n’est un problème en soi : respecter ses horaires est un droit, pas un symptôme. C’est le changement de comportement chez une personne auparavant plus engagée qui doit alerter un manager attentif, davantage que le comportement lui-même.

Que doit retenir un dirigeant de PME sur ce phénomène ?

Pour un dirigeant de PME, le quiet quitting est souvent plus difficile à ignorer que dans un grand groupe : chaque collaborateur pèse proportionnellement plus dans la performance collective, et le retrait d’une seule personne clé se voit vite. La tentation la plus fréquente est de le lire comme un problème de personnalité individuelle, alors qu’il s’agit presque toujours d’un signal d’organisation.

Un dirigeant averti commence par une question simple avant d’agir : qu’est-ce que cette personne recevait avant, qu’elle ne reçoit plus aujourd’hui ? Reconnaissance disparue après un changement de responsable, charge qui a augmenté sans négociation, sentiment d’utilité qui s’est érodé après une réorganisation. La réponse à cette question oriente presque toujours vers une action plus utile qu’un simple rappel à l’ordre.

Quelles réponses managériales concrètes ?

Face au quiet quitting, la réponse la plus efficace n’est ni la sanction ni l’appel à la motivation, mais un travail sur les conditions qui ont rendu le retrait rationnel.

  • Ouvrir la conversation sans jugement : demander ce qui a changé plutôt que reprocher un manque d’implication.
  • Vérifier l’équité perçue : reconnaissance, charge et rétribution sont-elles alignées avec ce qui est demandé ?
  • Redonner de l’autonomie sur au moins une partie du périmètre, un des leviers les plus robustes pour restaurer l’engagement.
  • Nommer la contribution, même minimale, plutôt que de l’ignorer parce qu’elle est jugée insuffisante.
  • Ne jamais confondre limites saines et désengagement : un collaborateur qui refuse de répondre le week-end exerce un droit, pas un retrait problématique.

Cette approche rejoint directement les principes du management bienveillant : reconnaissance, autonomie et sécurité psychologique sont les trois leviers qui, selon la littérature scientifique sur la motivation au travail, préviennent le plus efficacement le glissement vers le retrait silencieux. Le sujet complète également notre guide sur la QVCT, qui pose le cadre organisationnel dans lequel s’inscrivent ces pratiques managériales.

« Le désengagement n’est presque jamais un problème de personnalité. C’est un signal que l’organisation ne renvoie plus au collaborateur ce qu’il lui donne. » Verbatim recueilli en intervention QVCT, L’Optimisme.pro, 2026

Questions fréquentes sur le quiet quitting

Le quiet quitting signifie-t-il que le salarié va démissionner ?
Non. Le terme est trompeur : la personne reste en poste et remplit ses missions de base, mais réduit son engagement discrétionnaire au strict cadre du contrat.
Depuis quand parle-t-on de quiet quitting ?
L’expression émerge sur TikTok en juillet 2022, mais le phénomène qu’elle décrit, le désengagement organisationnel, est étudié depuis les années 1990 en psychologie du travail.
Combien de salariés sont concernés en France ?
Seuls 7 à 8 % des salariés français se déclarent engagés au travail selon Gallup (2023, 2025-2026), l’un des taux les plus bas d’Europe, et 72 % décrivaient déjà des comportements de retrait en 2023.
Le quiet quitting est-il un problème de paresse ?
Non, c’est presque toujours un symptôme : perte de sens, charge disproportionnée, manque de reconnaissance ou d’autonomie. Le traiter par la seule injonction à s’investir plus aggrave généralement la situation.
Quelle est la différence entre quiet quitting et bore-out ?
Le quiet quitting est un choix comportemental de retrait volontaire. Le bore-out est une souffrance liée à l’ennui et au manque de stimulation, qui peut en être une conséquence si le retrait s’installe durablement.
Un manager peut-il sanctionner un salarié en quiet quitting ?
Tant que le salarié remplit les obligations de son contrat, il n’y a pas de motif disciplinaire. La réponse pertinente est managériale (dialogue, équité, reconnaissance), pas juridique.
Le télétravail favorise-t-il le quiet quitting ?
Le télétravail rend le phénomène moins visible plutôt qu’il ne le crée : les signaux informels (présence aux échanges spontanés) sont plus difficiles à observer à distance.
Comment un dirigeant de PME peut-il agir vite ?
En commençant par mesurer l’engagement perçu par une enquête interne courte, puis en travaillant en priorité sur l’engagement des managers eux-mêmes, dont dépend 70 % de celui de leurs équipes selon Gallup.

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Sources

  1. Gallup, State of the Global Workplace 2025 (données collectées avril-décembre 2024, 227 000+ répondants, 160+ pays).
  2. Gallup, State of the Global Workplace, données France 2023 et 2025-2026 (via Logotel France et Zest, synthèses des rapports Gallup).
  3. Maslach C., Leiter M., modèle Areas of Worklife (AWS).
  4. Rapport Gollac, « Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser », 2011.
  5. Haute Autorité de Santé, « Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout », 2017.
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