La même question revient dans presque toutes nos formations, souvent posée à voix basse : « Si je demande une visite de pré-reprise, est-ce qu’ils vont me déclarer inapte ? » La peur est logique. Elle est aussi infondée, et elle prive chaque année des salariés du seul rendez-vous conçu pour préparer leur retour.
Cet article répond point par point, avec les textes en vigueur au 17 août 2026, y compris le décret du 12 juin 2026 qui a changé deux règles importantes.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’une visite de pré-reprise ?
- Qui peut demander une visite de pré-reprise ?
- Peut-elle déboucher sur une inaptitude ?
- Que se passe-t-il après la visite de pré-reprise ?
- Ce que votre employeur apprend, et ce qu’il n’apprend pas
- Quelle différence avec la visite de reprise ?
- FAQ : vos questions sur la visite de pré-reprise
Qu’est-ce qu’une visite de pré-reprise ?
La visite de pré-reprise est un rendez-vous avec le médecin du travail, organisé pendant l’arrêt de travail, pour préparer le retour et éviter que l’absence ne se transforme en sortie de l’emploi. L’article R.4624-29 du code du travail la réserve aux arrêts « d’une durée de plus de trente jours », et l’article L.4624-2-4 ajoute une seconde condition rarement citée : un retour au poste doit être envisagé.
Un point rassure immédiatement les salariés que nous accompagnons : le médecin du travail ne délivre pas d’arrêt de travail. Il ne peut donc ni prolonger le vôtre, ni le raccourcir. Demander une pré-reprise ne vous engage à revenir ni plus tôt, ni du tout. Seule la visite de reprise met fin à la suspension de votre contrat.
Qui peut demander une visite de pré-reprise ?
Quatre personnes, et quatre seulement. L’article L.4624-2-4 dresse une liste fermée : le travailleur, le médecin traitant, les services médicaux de l’Assurance Maladie et le médecin du travail. En pratique, le salarié contacte directement le service de prévention et de santé au travail dont dépend son entreprise.

L’employeur ne peut pas la déclencher. Il n’apparaît nulle part dans la liste. Le même article lui impose en revanche une obligation d’information : il doit informer le salarié de la possibilité de solliciter cet examen. Beaucoup de DRH que nous formons découvrent cette obligation, et découvrent en même temps qu’elles ne peuvent pas prendre le rendez-vous à la place de la personne.
La visite de pré-reprise peut-elle déboucher sur une inaptitude ?
Non. Une visite de pré-reprise ne peut pas, en elle-même, déboucher sur un avis d’inaptitude. L’article R.4624-30 énumère de façon limitative ce que le médecin du travail peut faire à l’issue de cet examen, et l’inaptitude n’y figure pas. Le code réserve expressément cette faculté à l’examen de reprise, dont l’article R.4624-32 précise qu’il a notamment pour objet « d’émettre, le cas échéant, un avis d’inaptitude ».
Un second verrou existe. L’article R.4624-42 subordonne tout constat d’inaptitude à quatre diligences cumulatives : au moins un examen médical, une étude de poste, une étude des conditions de travail dans l’établissement avec une fiche d’entreprise à jour, et un échange avec l’employeur. Rien de tout cela n’entre dans le cadre d’une pré-reprise.
La nuance mérite pourtant d’être dite, parce qu’elle est vraie et que personne ne l’écrit. Être en arrêt ne protège pas en soi d’une inaptitude. La Cour de cassation a jugé le 11 mars 2026 qu’une inaptitude peut être constatée à l’issue d’une visite initiée par le médecin du travail au titre de l’article R.4624-34, alors même que le salarié est en arrêt continu et que son contrat est suspendu. Autrement dit, la pré-reprise ne produit pas d’inaptitude, mais elle peut conduire le médecin du travail à organiser ensuite un examen distinct qui, lui, le peut.
Que se passe-t-il après la visite de pré-reprise ?
Le médecin du travail peut formuler trois types de recommandations, listées à l’article R.4624-30 : des aménagements et adaptations du poste, des préconisations de reclassement, et des formations professionnelles destinées à faciliter un reclassement ou une réorientation. Il s’appuie si besoin sur le service social du service de santé au travail.
Ces recommandations ouvrent la porte à des dispositifs concrets, que peu de salariés et peu de managers connaissent.
| Dispositif | Ce que c’est | Qui le déclenche |
|---|---|---|
| Temps partiel thérapeutique | Reprise à horaires réduits, avec maintien partiel des indemnités journalières | Le médecin traitant le prescrit, l’employeur donne son accord |
| Essai encadré | Test d’un poste pendant l’arrêt, 14 jours ouvrables au plus, renouvelable une fois | Le médecin traitant et celui de la caisse, les deux à la fois |
| Convention de rééducation | Réapprendre le poste ou un autre métier, 18 mois au plus, salaire partagé | L’employeur, le salarié et la caisse, par convention |
| Poste aménagé | Charge, objectifs, horaires ou périmètre revus | Le médecin du travail le préconise, l’employeur l’applique |
Depuis la loi du 2 août 2021, chaque service de prévention et de santé au travail anime une cellule de prévention de la désinsertion professionnelle. C’est elle qui fait le lien entre une préconisation écrite et un dispositif réellement mis en place. Demandez-la nommément, elle existe et elle est sous-utilisée.
Côté entreprise, ces préconisations ne valent que si quelqu’un les met en œuvre. Ce que le manager prépare avant, le jour du retour et dans les mois qui suivent est détaillé dans notre guide du retour au travail après un burn-out.
Ce que votre employeur apprend, et ce qu’il n’apprend pas
Votre employeur reçoit exactement deux choses, et rien d’autre : l’information que la visite a eu lieu, et les recommandations du médecin du travail. Votre diagnostic ne lui est jamais transmis. L’article R.4624-30 ne vise que les recommandations, jamais l’état de santé ni les constatations cliniques, et le médecin du travail reste tenu au secret médical.
Le premier de ces deux points est neuf. Le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 a modifié l’article R.4624-30 : avant le 15 juin 2026, l’employeur n’était informé que des recommandations, et pouvait donc ignorer qu’une visite avait eu lieu si le médecin ne préconisait rien. Il est désormais informé de sa tenue dans tous les cas. Le texte s’applique aux arrêts délivrés à compter du 15 juin 2026, la date qui compte étant celle de la délivrance de l’arrêt et non celle de la visite.
Une garantie subsiste, et elle est décisive : cette information circule sauf si le travailleur s’y oppose. Le droit d’opposition couvre désormais l’information sur la tenue de la visite comme la transmission des recommandations. Il s’exerce auprès du médecin du travail, et il vous appartient.
Quelle différence avec la visite de reprise ?
Les deux visites portent des noms proches et n’ont presque rien en commun. La pré-reprise anticipe, la reprise autorise.
| La question | Visite de pré-reprise | Visite de reprise |
|---|---|---|
| Obligatoire ? | Non, facultative | Oui |
| À partir de quand ? | Arrêt de plus de 30 jours | 60 jours d’arrêt maladie, 30 jours après un accident du travail, toute durée après une maladie professionnelle ou une maternité |
| Qui la déclenche ? | Le salarié, le médecin traitant, l’Assurance Maladie ou le médecin du travail | L’employeur saisit le service de santé au travail |
| Quand a-t-elle lieu ? | Pendant l’arrêt, contrat suspendu | Le jour de la reprise, au plus tard dans les 8 jours |
| Un avis d’inaptitude ? | Non | Oui, le cas échéant |
Le décret du 12 juin 2026 a créé une passerelle entre les deux. La visite de reprise n’est plus requise lorsque le salarié a bénéficié d’une pré-reprise dans les trente jours précédant sa reprise effective, et que le médecin du travail a conclu qu’aucun aménagement du poste ni du temps de travail n’était nécessaire. Trois personnes peuvent malgré tout la rétablir : le médecin du travail, l’employeur ou le salarié. Un seul d’entre eux suffit.

FAQ : vos questions sur la visite de pré-reprise
Qu’est-ce qu’une visite de pré-reprise ?▼
Quel est le délai légal pour une visite de pré-reprise ?▼
Comment se passe une visite de pré-reprise ?▼
Pourquoi faire une visite de pré-reprise ?▼
La visite de pré-reprise peut-elle déboucher sur une inaptitude ?▼
Mon employeur est-il prévenu si je demande une visite de pré-reprise ?▼
Votre expérience aide d’autres salariés à oser la demander. Écrivez-nous à rose@loptimisme.com. Les témoignages sont publiés en anonymat complet.
- Légifrance : Article R.4624-29 du code du travail, visite de préreprise, vérifié le 17 août 2026
- Légifrance : Article L.4624-2-4 du code du travail, initiative de la visite, vérifié le 17 août 2026
- Légifrance : Article R.4624-30, recommandations du médecin du travail, version en vigueur au 15 juin 2026
- Légifrance : Article R.4624-31, examen de reprise et dispense, version en vigueur au 15 juin 2026
- Légifrance : Article R.4624-42, conditions du constat d’inaptitude, vérifié le 17 août 2026
- Légifrance : Décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 relatif aux modalités des visites de préreprise et de reprise, JORF du 14 juin 2026
- Service Public : Inaptitude établie par une visite initiée par le médecin du travail, Cour de cassation 11 mars 2026, n° 24-21.030, publié le 7 mai 2026
- Service Public Entreprendre : De nouvelles modalités pour les visites de préreprise et de reprise, publié le 18 juin 2026
- Service Public : Un salarié doit-il passer une visite médicale après un arrêt de travail ?, vérifié le 12 mai 2025
- Assurance Maladie : L’essai encadré, ameli.fr, mis à jour le 24 septembre 2025
- Assurance Maladie : La convention de rééducation professionnelle en entreprise, ameli.fr, mis à jour le 24 septembre 2025
- Haute Autorité de santé : Santé et maintien en emploi, prévention de la désinsertion professionnelle des travailleurs, février 2019
- L’Optimisme.pro : Enquête auprès de sa communauté, juillet 2026, N = 1 048 répondants


