
- Pourquoi se former aux premiers secours en santé mentale ?
- Un dispositif tout juste né quand nous nous sommes formés
- Ce que la formation nous a appris
- Pourquoi nous ne disons plus « maladie mentale »
- Ce que cette formation nous a apporté
- Les limites du PSSM : ce qu’il ne remplace pas
- Une formation qui donne envie d’aller plus loin
- Questions fréquentes
En 2025 et en 2026, la santé mentale au travail s’invite dans presque toutes les conversations RH : baromètres QVCT, accords d’entreprise, formations obligatoires. On en parle enfin, et c’est une bonne nouvelle. Mais quand notre équipe a choisi de se former aux premiers secours en santé mentale (PSSM), le sujet ne faisait presque parler personne.
Nous avons décidé de former toute l’équipe très tôt, alors que le dispositif venait tout juste d’arriver en France. Cinq ans plus tard, devenus nous-mêmes formateurs et formatrices PSSM, nous revenons sans filtre sur ce que nous en pensions à l’époque et sur ce que nous en pensons aujourd’hui, avec le recul du terrain.
Pourquoi se former aux premiers secours en santé mentale ?
La formation PSSM n’est pas une formation professionnelle. C’est une démarche citoyenne, pensée pour un adulte qui aide un autre adulte, au même titre qu’un secouriste physique aide un adulte victime d’un malaise. Elle ne fait ni diagnostic ni thérapie.
Au quotidien, notre équipe est en contact avec des lecteurs, des adhérents et des interlocuteurs en entreprise qui expriment un mal-être. Même en intervenant sur l’optimisme et la qualité de vie au travail, nous sentions le besoin de muscler nos connaissances en santé mentale, à une époque où les formations sur le sujet se comptaient sur les doigts d’une main.
« Je me sens concernée par cette question, déjà en tant que citoyenne, mais aussi en tant que collègue, sœur, voisine, amie et chargée de mission à L’Optimisme. »
Cette phrase, prononcée par Eva au moment de sa propre formation, résume bien l’esprit du PSSM. Quelle que soit l’entreprise pour laquelle on travaille, on peut tous un jour développer un trouble psychique, ou croiser un proche qui en traverse un. Se former, c’est se donner les moyens de ne pas rester démuni face à ça.
Un dispositif tout juste né quand nous nous sommes formés
Le dispositif Premiers Secours en Santé Mentale a été créé en France en 2018, porté par l’INFIPP, Santé Mentale France et l’UNAFAM, sous licence internationale MHFA (Mental Health First Aid). Les toutes premières formations françaises ont démarré en septembre 2019.
Notre équipe s’est formée dès 2020 : nous faisions partie des toutes premières entreprises françaises à adopter ce dispositif, alors qu’il venait tout juste de poser ses valises dans le pays. Peu de monde en parlait encore, et peu de monde savait même que ça existait. Cinq ans après, le PSSM s’est largement démocratisé, et cette antériorité nous a donné le temps de voir ce qui, dans notre pratique, a vraiment tenu la route.
Le PSSM français reprend le modèle Mental Health First Aid, né en Australie en 2000 et aujourd’hui déployé dans plus de 25 pays. En France, il est piloté par un consortium associatif, pas par un organisme d’État.
Ce que la formation nous a appris
Pendant nos deux jours de formation, un membre de notre équipe se souvient d’un moment en particulier : le formateur venait de présenter un chiffre sur la prévalence des troubles de santé mentale en France, et la salle est restée silencieuse quelques secondes.
« Ce chiffre m’a mise face à la réalité : ça touche énormément de monde, pas seulement les autres. Je me suis dit que j’avais forcément déjà croisé quelqu’un de concerné sans le savoir. »
Le constat reste vrai aujourd’hui, chiffres actualisés à l’appui. Près d’un adulte sur six a vécu un épisode dépressif en 2024, selon le Baromètre santé 2024 de Santé publique France, relayé par franceinfo et Egora. Ce chiffre concerne l’ensemble de la population adulte en France, pas une catégorie professionnelle particulière : il traverse toutes les entreprises, tous les métiers, toutes les équipes.
Pourquoi nous ne disons plus « maladie mentale »
Dans notre article d’origine, publié en 2021, nous employions l’expression « maladie mentale ». Cinq ans après, nous préférons parler de troubles de santé mentale ou de souffrance psychique.
Ce choix de vocabulaire compte pour nous, et pas seulement par confort de langage. Plusieurs personnes de notre équipe sont concernées, de près ou de loin, par ces sujets. En France, l’expression « maladie mentale » fait encore peur, par manque de connaissance et à cause de stéréotypes tenaces, hérités de décennies de représentations sombres. Un mot plus posé n’efface pas la réalité d’un trouble : il évite juste d’ajouter de la peur là où il en faut déjà moins.
Ce que cette formation nous a apporté
Cinq ans de recul nous permettent de dresser une liste honnête de ce que le PSSM a réellement changé dans notre façon de travailler ensemble.
1. Reconnaître les signes plus tôt
On identifie plus vite un changement de comportement chez un collègue : repli, fatigue inhabituelle, irritabilité qui dure.
2. Oser en parler sans avoir peur des mots
La formation désamorce la peur de « mal faire » ou de dire une bêtise. On ose ouvrir la conversation, simplement.
3. Savoir orienter vers les bons interlocuteurs
Psychologue, psychiatre, médecin du travail, ligne d’écoute : on connaît la différence et on sait vers qui rediriger.
4. Se sentir légitime, sans se prendre pour un sauveur
Être secouriste ne signifie pas être sauveur. On tend la main, on écoute, on n’a pas à porter la solution seul.
5. Créer un climat de confiance dans l’équipe
Savoir qu’un collègue est formé change la donne : certains osent se confier plus facilement, sans crainte du jugement.
Les limites du PSSM : ce qu’il ne remplace pas
Avec le recul, nous avons aussi appris à mieux situer ce que cette formation ne fait pas. Le PSSM est une formation citoyenne, pas une formation professionnelle. Elle a été pensée pour un adulte qui aide un autre adulte. Elle ne traite ni le lien de subordination, ni les obligations de l’employeur, ni ce qui rend malade dans l’organisation du travail.
Nous avons trouvé que le PSSM ne répond pas au besoin de certains publics précis :
- Les managers, qui cherchent surtout quoi faire concrètement d’un collaborateur en difficulté, sans sortir de leur rôle managérial.
- Les équipes RH, qui ont besoin du cadre juridique et de l’articulation avec la médecine du travail, absents du programme PSSM.
- Les collectifs entiers, quand l’enjeu est de libérer la parole dans toute une équipe, pas seulement chez quelques personnes formées.
- Les démarches de prévention, qui touchent à la charge de travail et à l’organisation, et que le PSSM n’aborde pas.
Pour ces besoins-là, nous orientons plutôt vers un accompagnement dédié. Nous détaillons ces limites, et ce qui fonctionne mieux selon le public, dans notre article sur la formation premiers secours en santé mentale.
Une formation qui donne envie d’aller plus loin
Ce qui nous a le plus surpris, cinq ans après, c’est l’effet d’entraînement. Beaucoup de personnes, en entendant parler de cette formation autour d’elles, ont eu envie de devenir secouristes en santé mentale à leur tour. Un collègue en parle à un ami, un ami en parle à son manager, et la formation se propage presque toute seule. C’est souvent le signe d’une formation bien faite : elle donne envie d’être relayée plutôt que d’être vite oubliée.
Être « secouriste » ne signifie en aucun cas être « sauveur ». Il ne s’agit pas de poser un diagnostic ni de se prendre pour un thérapeute, mais de pouvoir tendre la main à l’autre, avec une écoute active et sans jugement, de l’informer des ressources disponibles et de le diriger vers les bons professionnels. C’est aussi ce que nous essayons de faire quand des lecteurs ou des adhérents de L’Optimisme nous confient leur état émotionnel.
Si un collaborateur formé PSSM le fait savoir en réunion d’équipe, c’est déjà un message en soi : « si tu en as besoin, je peux t’écouter ou te donner quelques informations. » Ce simple geste ouvre souvent la porte à des échanges qui n’auraient jamais eu lieu autrement.
Sensibiliser toute une équipe à la santé mentale, sans se limiter au PSSM, reste le meilleur point de départ pour amorcer le sujet en entreprise. C’est le format que Catherine Testa anime directement en conférence de sensibilisation à la santé mentale, pour ouvrir la parole avant, ou en complément, d’une formation PSSM.
Notre équipe intervient pour sensibiliser managers et collaborateurs à la santé mentale au travail, en complément ou en amont d’une formation PSSM. Écrire à formation@loptimisme.pro
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le PSSM, les premiers secours en santé mentale ?
Le PSSM est un dispositif de formation citoyenne, créé en France en 2018 (premières sessions en septembre 2019), qui apprend à des non-professionnels de santé à repérer les signes de souffrance psychique chez un proche ou un collègue, à engager le dialogue et à orienter vers les bons professionnels.
Qui peut suivre une formation PSSM ?
N’importe quel adulte, sans prérequis médical. C’est justement l’esprit du dispositif : une démarche citoyenne, pas une spécialisation professionnelle.
Le PSSM remplace-t-il un accompagnement professionnel ?
Non. Le PSSM ne pose aucun diagnostic et ne se substitue jamais à un psychologue, un psychiatre ou le médecin du travail. Il apprend à orienter vers eux, pas à les remplacer.
Pourquoi ne plus dire « maladie mentale » ?
Parce que cette expression fait encore peur en France, par manque de connaissance et à cause de stéréotypes. Nous préférons « troubles de santé mentale » ou « souffrance psychique », des termes plus posés qui décrivent la réalité sans ajouter de la peur.
Le PSSM suffit-il à traiter les risques psychosociaux dans une entreprise ?
Non. Le PSSM outille des individus, pas l’organisation. Une démarche de prévention des risques psychosociaux touche la charge de travail, le management et l’organisation, des sujets que le PSSM n’aborde pas.
Comment proposer cette formation à son équipe ?
En s’adressant à un organisme habilité PSSM, ou en démarrant par une sensibilisation collective à la santé mentale, plus courte, pour ouvrir le sujet avant d’aller plus loin.
Vous avez vécu une formation aux premiers secours en santé mentale dans votre entreprise ? Votre témoignage nous intéresse pour enrichir nos futurs articles.
- PSSM France, « Histoire du projet PSSM », pssmfrance.fr
- Santé publique France, Baromètre santé 2024 (relayé par franceinfo et Egora)
- L’Optimisme.pro, « Formation premiers secours en santé mentale : pour qui, pour quoi »


