
Le problème n’est presque jamais l’absence de signaux : c’est de ne pas savoir les lire à temps. Apprendre à repérer les signaux d’alerte du stress au travail : les siens et ceux d’un collègue ou d’un collaborateur : reste le geste de prévention le plus simple et le plus négligé.
Ces signaux sont de nature physique, émotionnelle, cognitive et comportementale, et ils varient d’une personne à l’autre. Cet article détaille la distinction entre stress aigu et stress chronique établie par l’INRS, les trois phases du stress décrites par Hans Selye, un tableau complet des signaux à surveiller, les chiffres 2024-2026 de la santé mentale au travail, et ce qu’un manager peut concrètement faire en les repérant chez un collaborateur.
Sommaire
- Stress aigu ou stress chronique : la distinction qui change tout
- Les 3 phases du stress selon Hans Selye
- D’où vient le stress au travail : les facteurs identifiés par l’INRS
- Les signaux d’alerte du stress au travail : le tableau complet
- Le stress au travail en chiffres (2024-2026)
- Comment réagir aux signaux d’alerte du stress au travail
- Manager : que faire en repérant ces signaux chez un collaborateur
- Questions fréquentes
Stress aigu ou stress chronique : la distinction qui change tout
L’INRS définit le stress comme un déséquilibre entre ce qu’on demande à une personne de faire et les ressources dont elle dispose pour y répondre. Cette définition suffit déjà à expliquer pourquoi deux salariés confrontés à la même charge réagissent différemment : ce n’est jamais la charge seule qui compte, c’est l’écart entre la charge et les ressources perçues.
Le stress aigu n’est pas un problème en soi : c’est un mécanisme de protection normal, prévu pour durer peu de temps. Le vrai sujet de prévention, c’est le basculement vers le chronique : quand les phases de récupération disparaissent et que l’organisme n’a plus le temps de revenir à l’équilibre entre deux sollicitations.
Les 3 phases du stress selon Hans Selye
Le modèle du syndrome général d’adaptation, décrit par le médecin Hans Selye dès 1936 et toujours repris par l’INRS pour expliquer les effets du stress sur la santé, distingue trois phases.
L’organisme se prépare au combat ou à la fuite : montée d’adrénaline, accélération du rythme cardiaque, vigilance accrue. C’est le stade ponctuel que la plupart des personnes gèrent seules, sans y penser.
Si la situation persiste, l’organisme sécrète des hormones qui maintiennent l’énergie disponible pour tenir. C’est la phase qui compte le plus en prévention : c’est ici que les premiers signaux durables apparaissent, et c’est aussi durant cette phase qu’il est fréquent de se tourner vers des « béquilles » : alcool, tabac, médicaments : qui donnent l’illusion d’alléger le mal-être sans jamais le résoudre.
Si la situation stressante se prolonge ou s’intensifie, les capacités d’adaptation sont débordées. Cette phase, qui correspond à ce que l’on nomme communément burn-out, nécessite une prise en charge médicale.
D’où vient le stress au travail : les facteurs identifiés par l’INRS
Avant de chercher les signaux, il est utile de connaître ses propres facteurs de risque. L’INRS en regroupe cinq familles, issues des travaux du collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail.
⏱ Intensité et temps de travail
Exigences excessives, complexité des tâches, difficulté à concilier vie professionnelle et personnelle.
💬 Exigences émotionnelles
Tensions avec le public ou les clients, obligation de cacher ses émotions au travail.
🔒 Manque d’autonomie
Procédures trop rigides, sous-utilisation des compétences, rapports sociaux dégradés entre collègues ou avec l’encadrement.
⚖️ Conflits de valeurs
Devoir faire des choses que l’on désapprouve, ou ne pas avoir les moyens de bien faire son travail.
Une cinquième famille de facteurs, l’insécurité de la situation de travail (peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir de son métier), complète ce tableau. Repérer ses propres facteurs de stress permet ensuite d’être vigilant sur les situations les plus exposées pour soi, plutôt que de découvrir le problème une fois les signaux installés. Ce repérage s’inscrit dans une vigilance plus large sur la santé mentale au travail, qui dépasse le seul sujet du stress.
Les signaux d’alerte du stress au travail : le tableau complet
Les signaux ne se limitent pas à la fatigue ou à l’irritabilité. Ils touchent quatre registres, et c’est souvent leur cumul, plus que l’un d’entre eux isolément, qui doit alerter.
| Registre | Signaux à surveiller |
|---|---|
| Physique | Troubles du sommeil, fatigue chronique, maux d’estomac, douleurs musculaires et articulaires, céphalées, problèmes de peau (eczéma, urticaire), variations de poids importantes, tension artérielle qui grimpe |
| Émotionnel | Anxiété, isolement, irritabilité, crises de larmes, perte d’intérêt ou de sens, autocritique et dévalorisation, sensibilité accrue aux remarques |
| Cognitif | Troubles de la mémoire, difficultés de concentration, perte de créativité, perte d’humour, appréhension des nouveautés, fixation sur le passé, blocage sur les détails |
| Comportemental | Recours à des produits calmants ou excitants (café, tabac, alcool, somnifères), repli sur soi, difficultés à coopérer, agressivité inhabituelle, hausse du risque d’accidents du travail |
Sur le registre émotionnel, l’anxiété mérite une attention particulière : elle s’installe souvent en silence, bien avant que l’entourage professionnel ne la remarque. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur l’anxiété au travail.
Le stress au travail en chiffres (2024-2026)
Le sujet n’a rien d’anecdotique. Les baromètres 2026 confirment une tendance déjà connue des équipes RH et des managers de terrain.
Les données déclaratives se confirment dans les données objectives sur les arrêts de travail, moins soumises à l’effet de tabou.
Côté institutionnel, 1 805 maladies psychiques ont été reconnues comme d’origine professionnelle en 2024, en hausse de 9 % en un an, dont près de trois quarts de dépressions (Assurance Maladie, rapport Risques professionnels, données 2024, publié en novembre 2025). Un chiffre qui pèse lourd, mais qui a aussi une contrepartie encourageante : dans les entreprises dotées d’un plan de prévention complet, la part de salariés déclarant une très bonne santé mentale double.
Comment réagir aux signaux d’alerte du stress au travail
Une fois les signaux identifiés, l’enjeu n’est pas de les supprimer d’un coup, mais de reprendre la main avant qu’ils ne s’installent.
- Ne pas rester seul face au problème. Le mal-être amène un sentiment de solitude et de repli sur soi. En parler permet d’extérioriser ce que l’on ressent et de bénéficier d’un regard extérieur sur la situation.
- Mieux se connaître et travailler sur soi, car c’est la seule chose que l’on maîtrise vraiment : identifier ses déclencheurs, ses valeurs, ses limites, pour éviter de revivre la même situation.
- (Re)définir ses priorités et réapprendre à mieux communiquer : ouverture d’esprit, utilisation du « je », affirmation de soi. Beaucoup de situations stressantes tiennent aux relations interpersonnelles.
- Trouver de vrais moyens de récupération : sommeil, alimentation, activité physique, pratiques qui reconnectent corps et esprit (yoga, Qi Gong, taï-chi), méditation, naturopathie, sophrologie. Il existe forcément une technique à laquelle on est réceptif.
- Pratiquer la vigilance partagée en étant attentif aux signaux chez ses collègues ou ses proches. Un simple « ça fait longtemps qu’on n’a pas déjeuné ensemble, tu tiens le coup en ce moment ? » peut suffire à ouvrir la porte.
Manager : que faire en repérant ces signaux chez un collaborateur
Les signaux sont souvent plus visibles chez les autres que chez soi. Un manager qui les repère porte une responsabilité particulière : il n’a ni à diagnostiquer, ni à ignorer, mais à ouvrir un espace et à orienter.
✅ À faire
- Ouvrir une conversation factuelle, sur ce qui est observé (délais, absences, changement de comportement), sans jugement.
- Poser des questions ouvertes sur la charge et le travail, jamais sur un diagnostic médical.
- Alléger ou redistribuer la charge à court terme, le temps que la situation se stabilise.
- Orienter vers un relais compétent : médecine du travail, service RH, dispositif d’écoute interne.
- Suivre dans la durée, avec un point de suivi, pas un échange unique.
❌ À éviter
- Minimiser avec un « tout le monde est stressé en ce moment ».
- Poser soi-même un diagnostic ou nommer un trouble à la place d’un professionnel de santé.
- Laisser la situation reposer uniquement sur la personne concernée, sans ajuster l’organisation.
- Attendre l’arrêt de travail pour réagir.
- Gérer seul, sans relais RH ni médical, une situation qui se prolonge.
Un point de vigilance supplémentaire : certains signaux qui ressemblent à du stress recouvrent en réalité l’inverse, une sous-sollicitation prolongée. Un test existe pour objectiver cette situation (voir le bloc « Pour aller plus loin » en fin d’article), utile pour ne pas se tromper de diagnostic avant d’agir.
L’essentiel à retenir
Gérer son stress est un entraînement au quotidien, et c’est à chacun de trouver ses propres moyens de rééquilibrage. Les changements significatifs s’amorcent par des micro-changements : inutile de viser un niveau de maîtrise absolue, mieux vaut avancer à petits pas, lentement mais sûrement.
Aller plus loin sur le terrain
Repérer les signaux d’alerte n’est qu’une première étape. Se former aux premiers secours en santé mentale donne aux équipes et aux managers une méthode structurée pour intervenir, sans se substituer à un professionnel de santé.
🎓 Découvrir la formation Premiers Secours en Santé MentaleQuestions fréquentes sur les signaux d’alerte du stress au travail
Nous analysons les évolutions du monde du travail depuis 2017. Vous avez identifié une étude solide, un signal faible ou une situation terrain que vous souhaitez partager ? Écrivez-nous.
formation@loptimisme.pro
Psychopraticienne, accompagne particuliers et entreprises sur la gestion du stress et la relation d’aide. Contenu initialement rédigé en partenariat avec L’Optimisme.pro, mis à jour par la rédaction.
🌐 aude-nazeyrollas.com- INRS : Stress au travail, ce qu’il faut retenir (définition, distinction stress aigu/chronique), consulté en 2026
- INRS : Stress au travail, effets sur la santé (3 phases du stress, effets physiques/psychiques/comportementaux), consulté en 2026
- Hans Selye : The Stress of Life, syndrome général d’adaptation, 1936, modèle toujours repris par l’INRS
- Ipsos BVA : Baromètre sur la santé psychologique des salariés, juin 2026, franceinfo
- Qualisocial x Ipsos : Baromètre Santé mentale & QVCT, 3ᵉ édition, 29 juin 2026, synthèse Myrhline
- Malakoff Humanis : Baromètre Absentéisme 2025, données 2024-2025, newsroom Malakoff Humanis
- Assurance Maladie : Rapport annuel 2024, Risques professionnels, données 2024, publié en novembre 2025, Cramif



